Nom

Johann Friedrich von Allmen (à l’état-civil Hans Fritz von Allmen, mais il a voulu se débarrasser du fond paysan et a choisi des prénoms plus distingués).

Age

"Il devait avoir un peu plus de la quarantaine. Son visage bien taillé aurait mérité un nez un peu moins plat. "

Cadre Familial

Son père, Kurt Fritz von Allmen, était ingénieur agronome ; mort à soixante-deux ans, il a oublié de laisser un testament et a donc tout laissé à son fils, qui l’a dilapidé. « De son vivant, il éprouvait la fierté que son fils fasse des études, et celle de pouvoir lui permettre de mener une bien meilleure vie que la sienne. » Il gagnait sa vie en « achetant systématiquement et à bon marché les terrains agricoles proches de la ville pour les revendre ensuite à prix d’or lorsqu’ils étaient devenus intéressants pour l’économie et la politique. Contrairement à Allmen, c’était un homme perspicace, qui savait manier l’argent, mais n’avait aucun entregent. » La mère d’Allmen était une « femme douce, toujours souffreteuse et morte de bonne heure », totalement inféodée aux opinions et aux habitudes de son mari. Allmen n’en avait pas gardé de grands souvenirs.

Domicile

Autrefois dans la villa Schwarzacker, désormais dans la maison de jardinier de celle-ci, à laquelle se rattache une serre (où se trouve la bibliothèque d’Allmen), depuis qu’il a vendu la villa à une société de gestion de biens (l’entreprise n’est ouverte que le jour et en semaine, raison pour laquelle Allmen l’a choisie).

Repas

Fréquents, et lorsque l’argent devient juste, Carlos prépare ses « repas de mal du pays » : haricots noirs, frijoles. Accompagnés de guacamole, de boulettes de viande hachée grillées (qui disparaissaient toutefois elles aussi lorsqu’il était encore moins en fonds) et de galettes de maïs, tortillas. Ce ne sont cependant pas les mets préférés d’Allmen. Comme Carlos ne

Boissons

Margaritas avant l’opéra. Bordeaux. Le soir, parfois, une bière au bar du Confédération. Jamais rien qui sorte du minibar. Car boire de l’alcool est pour lui «un acte public. Une condition qui était remplie si au moins une deuxième personne y participait.

Ne fût-ce que pour servir. Il tenait ça de son père, qui, après sa première cuite et l’effroyable gueule de bois qui l’avait suivie, avait dit : ‘Tu as le droit de picoler. Mais jamais tout seul.’ » Au réveil, le matin, Allmen boit toujours le contenu d’une théière que Carlos pose près de son lit. Pour son petit-déjeuner quotidien, au Viennois, à dix heures et demie, il boit ensuite deux, parfois trois tasses de café crème.

Habitudes et particularité

Distribue les pourboires, en dépit de sa dèche permanente : il a appris « à investir le peu d’argent dont il disposait pour entretenir sa réputation de solvabilité plutôt que son train de vie ». Il fait sa « tournée » à chaque fois qu’il revient en fonds, pour payer ses dettes et ses ardoises et pouvoir fréquenter de nouveau « son fleuriste, son coiffeur et son libraire ». C’est un pianiste « talentueux, mais un peu dilettante », propriétaire d’un demi-queue Bechstein (mais cela ne durera pas). Se fait transporter dans le taxi de M. Arnold, une Fleetwood Cadillac de 1978 (M. Arnold a la gentillesse d’ôter son enseigne de taxi sur le toit). « Le plus souvent, Allmen parvenait à fermer les yeux sur les faits désagréables jusqu’à ce qu’ils disparaissent de sa conscience ». Lorsqu’il descend à l’hôtel, Allmen emporte toujours ses pantoufles de voyage. Avant l’opéra, il boit toujours deux margaritas au Goldenbar, où il a sa place attitrée tout au bout du comptoir. Après l’opéra, en temps normal, il va manger un petit quelque chose au Promenade.

Comment un héritier millionnaire peut-il devenir un charmant escroc en faillite permanente ?

Allmen fréquente une « Boarding School » exclusive du Surrey, dans lequel son père l’a envoyé, à sa demande, lorsqu’il avait quatorze ans : « Allmen voulait échapper a l’air vicie de sa famille paysanne et nouveau riche.

Là-bas, « le traitement des dettes était inscrit dans la partie officieuse de la formation. Elles n’avaient rien de déshonorant. Au contraire, en avoir quelques-unes nourrissait une réputation. Le règlement de l’école fixait, pour des raisons pédagogiques, une limite a l’argent de poche des élèves, ce qui avait donné naissance à un circuit de prêt fort animé. On fanfaronnait avec ses dettes, on admirait ceux qui avaient les plus élevées, on les reportait, on les remboursait à tempérament, mais on s’en acquittait toujours avec élégance et nonchalance. » Au cours de cette période et par la suite, il mena « la vie d’un étudiant globe-trotter jusqu’à ce que le fondé de pouvoir de son père l’informe de la mort subite de ce dernier. » Par la suite, il dilapida les millions dont il avait hérité. Et « lorsque les difficultés financières d’Allmen le forcèrent à vendre, il quitta son statut d’acheteur pour celui de fournisseur » dans la boutique d’antiquités de Jack Tanner. « Il vendait régulièrement à Tanner des éléments de sa collection. Il était certes radin, mais sa discrétion compensait la générosité qui lui manquait.

Au fil du temps, la réserve de pièces auxquelles Allmen pouvait renoncer fut tellement réduite qu’il commença à aller chercher, sur les marchés aux puces et dans les boutiques de province, des pièces qu’il pourrait revendre. Mais la politique des prix adoptée par Jack pesait si lourd sur la marge d’Allmen qu’il fut contraint de chercher une autre solution. Il la trouva par hasard, dans une boutique d’antiquités en Alsace.

Il acheta une petite statue de la Vierge, et tandis que le vendeur était absorbé dans son travail d’emballage, Allmen se dit : ca serait le moment de barboter sans me faire voir le petit groupe de figurines de Rosenthal, si je voulais. Et puis il le voulut. »

Au bout du compte, Allmen doit vendre sa Villa Schwarzacker bien aimée et s’installer dans la maison de jardinier : « Il était fier du marchandage réalisé autour de la maison du jardinier. Lorsqu’il finit par devoir vendre aussi la villa Schwarzacker – un nom qui signifiait ‘le champ noir’ et qu’il avait choisi en hommage au champ qui, jadis, avait constitué la base de la fortune dont il avait hérité –, l’idée lui était venue de l’adjuger a l’intéressé qui accepterait de lui accorder un droit d’occupation à vie. Plusieurs candidats en avaient accepte le principe, mais il avait finalement accordé la vente à la société de gestion de biens, séduit par l’idée qu’il serait tout seul la nuit et les week-ends. Et parce que le patron de l’entreprise avait accepté de lui laisser la plus grande partie des parois de livres que contenait la bibliothèque. » Il fait adresser tout son courrier à une boîte postale : il préfère que ses créanciers ne sachent pas où il habite.

Mais un jour arrive une lettre d’un certain Dörig, un homme grossier et brutal auprès duquel il a aussi des dettes : « 12 455, intérêts inclus. Dernier délai mercredi !! Sans ça… !!! » Signé : « H. Dörig ». Impossible d’évacuer cela aussi facilement que les autres problèmes : « Pour être honnête avec lui-même – ce qui arrivait très rarement dans la vie d’Allmen –, il devait admettre qu’il était passablement au bout du rouleau. Non, pas passablement. Il était au bout, point à la ligne. »

Au cours de l’une de ses soirées à l’opéra, Allmen fait enfin la connaissance de Joëlle, dite Jojo. « Elle devait approcher la quarantaine ; elle n’était pas particulièrement belle, mais elle savait le dissimuler avec habileté. Sa frange en rideau un peu gonflée à la naissance des cheveux lui tombait jusqu’à la racine du nez et dissimulait son front bas. Les petits yeux serrés, mais d’un admirable vert émeraude, étaient agrandis par des traits d’eye-liner élancés. Elle avait une jolie silhouette de garçonne et se déplaçait avec la grâce d’une danseuse, même dans la foule des spectateurs qui affluaient vers leurs sièges. »

Jojo est son accompagnatrice imprévue à la première de Madame Butterfly de Puccini : c’est elle qui, ce soir-là, occupe la deuxième place, à côté d’Allmen, celle qu’il sous-loue d’ordinaire à Jack Tanner. Et ce n’est pas tout : comme une lionne ramenant sa proie, elle le traîne dans la villa que son père possède au bord du lac.

Poussé par sa vessie et ses insomnies (mais aussi perturbé par le ronflement de Jojo et par le fait que « l’attirance qu’il s’était d’abord imaginée, et sans laquelle il ne pouvait partager le lit d’une femme, s’était dissipée »), il explore la villa ; il ne trouve pas de toilettes, « mais une pièce aux dimensions a peu près identiques a celles de la chambre de Jojo. C’était d’ailleurs sans doute une ancienne chambre à coucher, dont elle partageait la salle de bain avec la première. On en avait fait une salle d’exposition. L’éclairage qu’Allmen avait mis en marche provenait de simples vitrines de verre semblables à celle que l’on avait placée devant la porte. Elles étaient groupées comme des aquariums devant un siège en cuir solitaire face auquel se trouvait une petite table de verre. Elles contenaient une collection de verres Art nouveau. Des vases, des lampes, des coupes. De toute évidence, même pour Allmen, qui n’était pas franchement un spécialiste des verres de cette période –, elles étaient toutes de la main du légendaire Émile Gallé. […] Il se dirigea sans hésiter vers la vitrine ou se trouvaient les coupes aux libellules. Elle était verrouillée, mais la clef était dans la serrure. »

Comment Allmen aurait-il pu résister ? Peut-être l’aurait-il fait s’il avait su tout ce qui l’attendait.

Comme nous tous, Allmen a ses préférences et ses aversions. En voici un choix concis, mais notable.

Allmen a une petite liste de nécessités vitales, parmi lesquelles figurent entre autres l’abonnement aux premières d’opéra (son père louait déjà ses places au parterre, cinquième rangée centre) et sa chaîne hi-fi high-tech. Il a aussi un moment privilégié à l’hôtel : « Il était de retour, ce moment qu’il aimait tellement à l’hôtel : se réveiller dans la pénombre d’une chambre étrangère et ne pas savoir ou l’on est. Dans quelle ville, dans quel pays, sur quel continent. En ouvrant les yeux, les images de l’espace ou l’on se trouve sont presque encore comme les fragments d’un kaléidoscope, peu avant qu’ils ne se rassemblent pour former un tableau et que l’énigme ne se résolve. » Il a coutume de faire une demi-heure de sieste quotidienne (cela lui fait prendre chaque jour conscience du « privilège d’être rentier », il nomme cela, avec amour, « sécher la vie ».) « Rien n’était plus délicieux que de tirer les rideaux pour barrer la vue sur toute l’activité extérieure, de se glisser en sous-vêtements sous l’édredon frais et d’épier, les yeux mi-clos, les lointains bruissements du monde. Pour sortir peu après, étonné et anime, du sommeil léger de l’après-midi. » Il aime les commérages, mais « l’idée d’en propager lui-même ne lui serait jamais venue. » Et Allmen apprécie les chauffeurs de taxi silencieux, comme le sien : « M. Arnold faisait partie des chauffeurs de taxis qui ne parlent que lorsqu’on leur pose une question.

Il n’assommait pas plus ses clients avec ses problèmes politiques ou idéologiques qu’avec ses histoires de circulation. »

Allmen méprise toute forme de violence. Y compris verbale. Il méprise en outre les bonnes affaires : « Elles n’étaient pas dignes de lui, et n’auraient du être dignes de personne. Les choses devaient coûter ce qu’elles valaient, tout le reste était pitoyable. » Allmen a bien un permis de conduire, mais n’aime guère prendre le volant (« même la tenue d’un volant lui paraissait aussi dégradante que l’accomplissement de n’importe quel travail susceptible d’être mieux accompli par une personne rémunérée a cette fin. »). Et même des années plus tard, il continue à haïr le souvenir des parties de chasses au cours desquelles son père, autrefois, faisait tonner sa carabine et où le petit Fritz n’avait plus qu’à pleurer la disparition d’un nouveau petit lièvre, d’un chevreuil ou d’une perdrix. »

Outre sa goût pour la lecture, passe-temps quotidien et nécessaire à sa santé mentale, Allmen est un mélomane confirmé. Il fréquente régulièrement l’Opéra et joue lui-même régulièrement du piano sur un Bechstein. Jazz ou classique, il alterne les genres au gré de ses envies et de ses besoins de distraction : « Allmen aurait sans doute été lui aussi plongé dans des réflexions sur le mystère du diamant rose s’il n’avait pas été en train de se changer les idées avec les Nocturnes. On n’y arrivait pas avec n’importe quel morceau. Lorsqu’il pianotait de mémoire des pièces de son répertoire, ses pensées ne tardaient pas à quitter la musique, se mettaient à migrer et, avant même qu’il ne s’en rendît compte, elles revenaient à l’endroit d’où il avait voulu les chasser. Mais lorsqu’il jouait sur partition, il avait besoin de chacune de ses pensées.

Ça ne profitait certes pas à son jeu, mais cela l’arrachait à la réalité comme seule la lecture pouvait le faire. »

Le raffinement d’Allmen se vérifie aussi dans son attention à certains détails du quotidien. Ainsi, s’il est adepte de mets délicats, il témoigne également d’une sensibilité sensorielle, notamment olfactive, à nulle autre pareille : « Allmen aimait l’odeur du gazon fraîchement tondu. Il la préférait à celle de l’herbe fauchée depuis peu, qui lui rappelait sa jeunesse. Elle annonçait la saison des fenaisons. La nuque brûlée par le soleil, à laquelle la poussière du foin collait, provoquant des démangeaisons. L’odeur du gazon tondu n’éveillait pas en lui de souvenirs de la ferme. C’était un parfum élégant. Il sentait les résidences campagnardes, les clubs de golf, les lawn-tennis et les garden parties. Y compris celles de la villa Schwarzacker, pour lesquelles Allmen, soucieux d’éviter les risques météorologiques, faisait à l’époque dresser la tente bédouine désormais rangée, bourrée d’antimites, dans la cabane de la villa. Si Allmen avait été maître parfumeur, il aurait depuis bien longtemps créé le parfum « Lawn ». »

Johann Friedrich von Allmen est le héros récurrent de la nouvelle série policière de Martin Suter. Dans une interview exclusive, Allmen donne des détails piquants sur sa vie et raconte comment il s’est retrouvé par hasard à endosser le costume de détective dans sa première affaire. Costume repris dans le nouvel épisode, Allmen et le diamant rose, après avoir été sollicité par un certain Montgomery pour une enquête qui le mènera pour la première fois à l’étranger, entre Londres et la Baltique, sur les traces d’un mystérieux escroc russe.

Vous aimez le luxe.

Le luxe est l’une de mes très grandes faiblesses.

Quel est votre luxe préféré ?

L’après-midi, j’ai coutume de m’allonger une demi-heure. Cette petite sieste ne me redonne pas seulement un peu de fraîcheur, elle me fait aussi prendre conscience chaque jour du privilège qui s’attache à ma situation de rentier. Dormir lorsque le reste du pays s’adonne à une activité utile me procure, même après toutes ces années, un plaisir que je n’ai pour le reste ressenti qu’en séchant les cours. J’appelle ça « sécher la vie ». Il n’y a rien de plus délicieux que de tirer les rideaux pour barrer la vue sur toute l’activité extérieure, de se glisser en sous-vêtements sous l’édredon frais et d’épier, les yeux mi-clos, les lointains bruissements du monde. Pour sortir, peu après, étonné et animé, du sommeil léger de l’après-midi.

Et que signifie lire, pour vous ? La lecture est-elle un luxe, elle aussi ?

Lire est la manière la plus simple, la plus efficace et la plus belle d’échapper à son environnement. Mon père, que je n’ai jamais vu un livre à la main, avait un grand respect pour ma passion. Il admettait toujours la lecture comme excuse pour les nombreuses fois où je manquais à mes obligations. Et ma mère, cette femme douce, toujours souffreteuse et morte de bonne heure, dont je n’ai gardé que de vagues souvenirs, acceptait toutes les excuses que son mari acceptait. 
Aujourd’hui encore, je lis tout ce qui me passe entre les mains. Littérature du monde, classiques, nouveautés, biographies, récits de voyage, prospectus, modes d’emploi. Je suis un client habituel de plusieurs bouquinistes et il m’est déjà arrivé de demander à un taxi de s’arrêter devant un immeuble le jour où l’on ramassait les encombrants, et d’en revenir avec quelques livres.Une fois que j’en ai commencé un, aussi mauvais soit-il, je ne peux m’empêcher d’aller jusqu’au bout. Je ne le fais pas par respect envers l’auteur, mais par curiosité. Je crois que chaque livre avait son secret, ne fût-ce que la réponse à la question de savoir pourquoi il avait été écrit. Et c’est ce secret que je dois éventer. Pour être précis, je n’ai donc pas d’addiction à la lecture – je suis un toxicomane du secret.

Au début de l’affaire mystérieuse dans laquelle vous jouez le rôle principal, il y a une lettre contenant cette phrase lapidaire : « 12.455, intérêt inclus. Dernier délai mercredi !! Sans ça… !!!  H. Dörig ». Ouvrir cette lettre était une entorse à vos habitudes.

J’ai effectivement pour principe de ne pas ouvrir de lettres dans lesquelles je soupçonne un contenu désagréable. Je garde ainsi la sérénité dont j’ai besoin dans ma situation.

Une situation très embarrassante : vous n’aviez pas d’argent et les créanciers vous harcelaient.

Autant je me débrouille mal avec l’argent, autant je maîtrise le maniement des dettes. J’ai appris cela pendant ma période à Charterhouse, la Boarding School exclusive du Surrey où mon père m’a envoyé, à ma demande, à l’âge de quatorze ans. Je voulais échapper à l’air vicié de ma famille paysanne et nouveau-riche. À Charterhouse, le traitement des dettes était inscrit dans la partie officieuse de la formation. Elles n’avaient rien de déshonorant. Au contraire, en avoir quelques-unes nourrissait une réputation. Le règlement de l’école fixait, pour des raisons pédagogiques, une limite à l’argent de poche des élèves, ce qui avait donné naissance à un circuit de prêt fort animé. On fanfaronnait avec ses dettes, on admirait ceux qui avaient les plus élevées, on les reportait, on les remboursait à tempérament, mais on s’en acquittait toujours avec élégance et nonchalance.

Mais il n’y avait guère d’élégance dans la mise en garde de Dörig. Comment a-t-on pu en arriver là ?

Dès le début, les revenus de mon héritage n’ont pas suffi à combler mes besoins croissants en capitaux, et le fondé de pouvoir de mon défunt père n’a pas tardé à jeter l’éponge avec agacement. Lui ont succédé une série de conseillers que j’ai moi-même choisis et dont les recommandations ont propulsé vers le haut non pas mes revenus, mais mes besoins pécuniaires. J’ai bientôt été contraint de financer mon train de vie et ses nouvelles acquisitions – outre la villa Schwarzacker, il y avait des appartements à Paris, Londres, New York, Rome et Barcelone – en me séparant de valeurs moins spectaculaires, mais plus stables, que j’avais héritées de mon père. Et lorsque cette réserve est elle aussi arrivée à son terme, je me suis financé par des ventes – le plus souvent précipitées – de ces mêmes acquisitions récentes. D’abord les biens immobiliers, puis les meubles, puis les objets de collection, puis, peu à peu, les objets indispensables, de moins en moins nombreux, de ma vie d’autrefois.

C’est-à-dire ?

L’abonnement aux premières de l’opéra est un autre point central sur la liste de mes nécessités vitales. Seul celui qui ne peut plus se permettre ce genre de choses est vraiment en faillite. Du vivant de mon père, déjà, j’occupais deux des places les plus convoitées, au centre de la

cinquième rangée, au parterre. Mon père investissait alors plus de quatre mille francs suisses annuels, sans se plaindre, puisqu’ils s’inscrivaient dans les dépenses éducatives destinées à son fils. Il m’a accompagné une fois pour une première de la Flûte enchantée, mais a dû quitter sa place peu après l’ouverture, après un accès de toux obstinée. Aujourd’hui, les deux places coûtent le double et portent toujours le nom de Johann Friedrich von Allmen. Depuis le début de cette saison, je sous-loue toutefois la deuxième. L’une de mes nombreuses relations éloignées, Serge Lauber, un banquier d’investissements, m’a proposé six mille francs en liquide, de la main à la main. Une offre que je pouvais difficilement refuser dans ma situation : elle me finance plus de la moitié de son propre abonnement. Abonnement dont le règlement est dureste en souffrance depuis le début de la saison, sans qu’on me l’ait rappelé jusque là. Avec des abonnés depuis tant d’années et d’anciens sponsors généreux, on fait preuve de patience.

C’est lors d’une soirée à l’opéra que vous faites la connaissance de Joëlle, dite Jojo, la fille du financer Hirt, un homme très vieux et très riche.

Ce n’est pas une femme particulièrement belle, mais elle savait le dissimuler avec habileté. C’est plus tard, seulement, que j’ai lu sur son visage les traces d’une vie qui avait connu trop de soleil, trop peu de sommeil, trop d’amusement et trop peu d’amour. Le soir de cette humide journée d’automne, on donnait la première de Madame Butterfly de Puccini.

Et c’est par le biais de Joëlle que vous avez été entraîné dans une affaire dangereuse autour de cinq coupes à motifs de libellule. Ces coupes vous ont même valu de vous faire tirer dessus, Vous avez dû, pour des raisons de sécurité, aller loger à l’hôtel.

La vie dans la maison du jardinier était devenue trop dangereuse. J’ai choisi le Grand Hôtel Confédéré, un cinq-étoiles élégant, quoique un peu poussiéreux, dans le centre-ville. Je connaissais le directeur, qui avait jadis présidé aux destinées du République, à Biarritz. En des temps plus favorables, j’y étais un habitué que l’on accueillait à bras ouverts. J’avais eu l’intention de réserver une chambre normale, mais j’y ai renoncé, craignant que cette modestie inhabituelle ne puisse être mal interprétée et nuire à ma réputation de solvabilité. Je demandai une junior suite. L’hôtel était certes un peu trop près de mon logement à mon goût, mais tellement international que je pouvais m’y croire quelque part dans le vaste monde Et j’ai retrouvé ce moment que j’aime tellement à l’hôtel : me réveiller dans la pénombre d’une chambre étrangère et ne pas savoir où je suis. Dans quelle ville, dans quel pays, sur quel continent.

Un très bon moment à l’hôtel, tout au contraire de la nuit que vous avez dû passer un peu plus tard à l’hôtel Seeschloss. C’est là que devait être remis l’argent liquide censé mettre un terme définitif à l’affaire et à vos problèmes.

Le Seeschloss était un terne bâtiment des années soixante-dix, situé dans un cadre à couper le souffle, si l’on veut croire les cartes postales disposées à la réception. Cela sentait le café-filtre recuit qui s’évaporait sur la plaque chauffante. Au buffet, le plateau de charcuterie avait l’air d’avoir passé toute la nuit sur place.

L’une des passions d’Allmen est la lecture et la découverte de secrets dans les livres. Un coup d’œil dans la bibliothèque d’Allmen 

« Allmen était un toxicomane de la lecture. Cela avait commencé des ses premiers pas dans le livre. Il avait rapidement constaté que lire était la manière la plus simple, la plus efficace et la plus belle d’échapper à son environnement. Son père, qu’il n’avait jamais vu un livre à la main, avait un grand respect pour la passion de son fils. Il admettait toujours la lecture comme excuse pour les nombreuses fois ou son filius manquait à ses obligations. Et sa mère, cette femme douce, toujours souffreteuse et morte de bonne heure, dont Allmen n’avait gardé que de vagues souvenirs, acceptait toutes les excuses que son mari acceptait. Aujourd’hui encore, Allmen lisait tout ce qui lui passait entre les mains. Littérature du monde, classiques, nouveautés, biographies, récits de voyage, prospectus, modes d’emploi. C’était un client habituel de plusieurs bouquinistes et il lui était déjà arrivé de demander à un taxi de s’arrêter devant un immeuble le jour ou l’on ramassait les encombrants, et d’en revenir avec quelques livres. Une fois qu’il en avait commencé un, aussi mauvais fût-il, Allmen ne pouvait s’empêcher d’aller jusqu’au bout. Il ne le faisait pas par respect envers l’auteur, mais par curiosité. Il croyait que chaque livre avait son secret, ne fût-ce que la réponse a la question de savoir pourquoi il avait été écrit. Et c’est ce secret qu’il devait éventer. Pour être précis, Allmen n’avait donc pas d’addiction à la lecture – c’était un toxicomane du secret. »

Dans la bibliothèque d’Allmen :  

Georges Simenon, Portrait-souvenir de Balzac.

« Il tenta de penser à autre chose à l’aide du commissaire Maigret, une recette qui fonctionnait normalement à coup sûr. Mais la trame policière de l’histoire lui rappela trop sa propre affaire. Pour ne pas quitter Simenon et s’avouer vaincu, il se replia sur son Portrait-souvenir de Balzac, Balzac qui, d’ordinaire, parvenait à tous les coups à l’emporter dans un autre monde. Mais ce jour-la, ni Balzac ni Simenon n’arrivèrent à renvoyer dans leurs limites les images de cette journée. »

Pessoa, Le Livre de l’Intranquillité.

« Il n’était pas fréquent que la lecture d’un livre ne parvienne pas à changer les idées d’Allmen. Sa soif de lecture – il ne se faisait aucune illusion sur ce point – avait toujours été sa méthode pour échapper à la réalité en se réfugiant dans une autre. Mais cette fois, son repaire ne tenait pas. Au bout de quelques pages du Livre de l’Intranquillité, dans lequel il choisissait régulièrement des aphorismes qui éclairaient un instant sa journée, il dut se rendre à l’évidence que ce n’était certainement pas d’intranquillité qu’il avait besoin aujourd’hui.»

Maurice Pons, Les Saisons.

« Entre toutes ses retraites imaginaires, il appréciait particulièrement l’univers des Saisons de Pons, et lui-même dans sa serre transformée en bibliothèque se laissait aller à des rêveries baroques. »

Anton Tchekhov, Carnets.

« Il but, comme toujours, sa « coupe » – le nom local du café au lait –, mangea un croissant et lut une nouvelle. Aujourd’hui, c’était Anton Tchekhov, Anna au cou. » Une lecture qui venait opportunément compléter celle des Carnets, du même auteur, recueil de propos, de croquis saisis sur le vif, d’aphorismes, de rages et de coups de cœur dans lequel il aimait se replonger régulièrement tant les remarques affûtées et l’attention que le grand écrivain russe portait au moindre détail étaient pour lui un modèle, une source d’inspiration et une éducation du regard.

Carlos

La relation entre Allmen et Carlos « avait toujours été teintée de distance respectueuse. Bien qu’ils aient vécu depuis des années sous le même toit, aucune amitié ne s’était jamais installée entre eux. Une complicité, certes. Mais pas d’amitié. Carlos avait un sens affirmé de la distance, tant physique qu’émotionnelle, qui s’imposait entre eux de son point de vue. Lorsque Allmen la franchissait, Carlos savait la rétablir aussitôt. »

Carlos ne buvait jamais d’alcool. Son père en était mort quand Carlos avait cinq ans – il était le plus jeune de ses six frères et sœurs. Noyé dans un fossé ou il dormait, ivre mort, sans même avoir remarqué qu’il s’était mis à pleuvoir des trombes. L’un des rares détails personnels qu’il avait un jour confiés à Allmen. »

Depuis son implication heureuse dans la résolution de l’affaire des coupes aux libellules, Carlos est devenu plus qu’un simple majordome. Il a investi de l’argent dans Allmen International Inquiries dont il détient à présent des parts, en a créé le site Internet : allmen-international.com, et s’est confirmé dans le rôle d’associé et de conseiller de premier plan d’Allmen.

S’il demeure particulièrement discret et réservé sur sa vie privée, il ne demeure pas insensible aux charmes de la jeune Maria Moreno, âgée de vingt-trois ans, qui, au premier coup d’œil « lui parut trop jolie pour une femme de ménage colombienne clandestine, du moins pour l’image qu’il s’en faisait ».

Martin Suter est né à Zurich en 1948

Après avoir été publicitaire à Bâle, il a multiplié les reportages pour Géo, est devenu scénariste pour le cinéaste Daniel Schmidt et a écrit des comédies pour la télévision. Depuis 1991 il se consacre à l’écriture de romans qui sont devenus de véritables best-sellers. Small World a obtenu le prix du Premier Roman dans la catégorie «romans étrangers». Il a été adapté au cinéma en 2011 par Bruno Chiche avec Gérard Depardieu et Nathalie Baye. Un ami parfait a été adapté au cinéma en 2006, sous le même titre, par Francis Girod et deux autres de ses romans sont en cours d’adaptation. Martin Suter a également contribué au dernier album de son compatriote le musicien Stefan Eicher, pour qui il a écrit les textes de trois chansons sur Eldorado (2007) et travaillé au projet d’une comédie musicale. Il vit entre la Suisse, l'Espagne et le Guatemala.


Bibliographie complète :


ALLMEN ET LES LIBELLULES

LE CUISINIER

LE DERNIER DES WEYNFELDT

LE DIABLE DE MILAN

LILA,LILA

Depuis qu’il s’est improvisé détective après avoir brillamment résolu le mystère de la disparition des coupes aux libellules, Johann Friedrich von Allmen n’a pas chômé.

« Au cours des deux années qui avaient suivi la fondation de l’entreprise, son champ d’activité s’était pour l’essentiel limité à la Suisse. Et à des affaires d’ampleur assez modeste. Dans aucune d’entre elles il ne s’était agi de sommes approchant, même de loin, celles qui avaient été en jeu lors de la spectaculaire récupération des coupes aux libellules. Il s’agissait de tableaux et d’objets d’art de cinquième zone, recherchés par des commanditaires travaillant dans le secteur des arts et des antiquités. » Il n’était toutefois pas encore parvenu à « réaliser la percée mondiale espérée » avec Allmen International Inquiries. Aussi est-ce avec enthousiasme qu’il répond à un certain Montgomery, businessman anglais, qui souhaite faire appel à ses services. Etendre ses compétences au-delà de Zurich constitue en effet une étape nécessaire à la construction de sa notoriété à grande échelle. Ce en quoi Carlos, son fidèle majordome guatémaltèque et désormais associé, l’a beaucoup aidé, s’attelant à la conception d’un site Internet, allmen-international.com, véritable vitrine internationale de leur entreprise, à laquelle Montgomery n’a pas été insensible : « J’ai pris mes renseignements. La liste de vos prestations m’a plu. Notamment cette affaire de coupes aux libellules. La police les recherche depuis près de dix ans, et votre bureau les retrouve en un rien de temps. Chapeau bas. […] Ce qui nous plaît aussi, c’est que vous soyez une petite boutique dont le fondateur est encore personnellement actif. Et votre présence internationale répond elle aussi à nos besoins. »

Une affaire d’ampleur internationale donc, qui va plus que jamais le conduire hors des frontières helvétiques. Car, à l’image des réseaux de la finance internationale dont les branches s’étendent à travers le monde, le diamant rose dissimule un écheveau de fils d’autant plus ardus à démêler que faux-semblants et mauvaise foi sont au rendez-vous. De Londres à la Baltique, Johann Friedrich von Allmen se lance ainsi sur la piste d’un certain Sokolov, un mystérieux entrepreneur russe qui a tout d’un escroc…






Premier Chapitre

« Allmen était un peu nerveux. La réceptionniste allait annoncer Montgomery d’un instant à l’autre.

Il était installé au bureau en acajou des locaux de Grant Associates, à Knightsbridge. Par la fenêtre flanquée de lourds rideaux, il regardait la circulation sur South Carriage Drive et Hyde Park.

S’il avait pu trouver ce bureau pour y organiser l’entretien, il le devait au soin avec lequel il entretenait son réseau d’autrefois, celui des temps meilleurs. Cette fois, c’était un ancien camarade de Charterhouse qui lui avait prêté assistance. Il s’appelait Tommy Grant, un bon gars un peu lourdaud devenu avocat pour respecter la tradition familiale et, depuis peu, senior partner de Grant Associates, un éminent cabinet d’avocats qui en était à sa quatrième génération.

Tommy s’était réjoui d’avoir Allmen au téléphone, l’avait invité à dîner avec son épouse ennuyeuse et ses fils, deux adolescents ennuyés. C’est avec plaisir qu’il lui abandonnait un bureau pour la journée. Ou même pour quelques jours. Depuis que son père s’était retiré des affaires, le lieu n’était de toute façon plus occupé que deux ou trois fois par an.

C’est ainsi qu’il put recevoir Montgomery dans le plus prestigieux bureau de l’ancien cabinet. Un avantage non négligeable dans les efforts que menait Allmen pour permettre à Allmen International Inquiries de réaliser la percée mondiale espérée.

Au cours des deux années qui avaient suivi la fondation de l’entreprise, son champ d’activité s’était pour l’essentiel limité à la Suisse. Et à des affaires d’ampleur assez modeste. Dans aucune d’entre elles il ne s’était agi de sommes approchant, même de loin, celles qui avaient été en jeu lors de la spectaculaire récupération des coupes aux libellules. Il s’agissait de tableaux et d’objets d’art de cinquième zone, recherchés par des commanditaires travaillant dans le secteur des arts et des antiquités.

Carlos avait créé le site internet allmen-international.com sur son ordinateur d’occasion. Allmen avait rédigé le texte et défini l’esthétique. La page d’accueil s’affichait sur un fond gris flanelle. Tout en haut, au bord de l’image, uniformément réparti sur toute la largeur, on lisait dans des caractères antiqua classiques au crénage élégant les cinq noms de villes : New York, Zurich, Paris, Londres, Moscou. Et en dessous, un peu plus grand : « Allmen International Inquiries », suivi par ce slogan dont Allmen était assez fier : « The Art of Tracing Art ». Ce qui n’aurait été que très imparfaitement rendu par « L’art de la traque de l’art », et qu’il avait donc laissé dans la seule langue anglaise.

Cette manière assez hâbleuse de se présenter sur Internet masquait juste superficiellement le fait qu’Allmen International Inquiries n’avait pas encore réussi à se distinguer d’un simple bureau de détective miteux en arrière-cour.

Les revenus de l’agence consistaient pour l’essentiel dans les heures facturées à ses commanditaires et, de temps en temps, en une prime de réussite, quelques pourcents de la valeur de ce qu’elle avait retrouvé, c’est-à-dire de sommes aussi modestes que les objets concernés. »

Johann Friedrich von Allmen est le héros récurrent de la nouvelle série policière de Martin Suter.

ALLMEN ET LES LIBELLULES (2011)

ALLMEN ET LE DIAMANT ROSE (2012)

ALLMEN LA SUITE AU DAUPHIN (à paraitre)




« Le roman policier a ses codes qu'il importe de malmener. C'est ce qu'a parfaitement compris le grand écrivain suisse Martin Suter, qui signe aujourd'hui le premier volume d'une série appelée, parions-le, à connaître un beau succès. Martin Suter possède le flegme, le calme et la lenteur d'un dandy suisse. [...] Il frotte à la paille de fer le vernis dont son beau pays recouvre ses fêlures et met tout son talent de satiriste au service de polars délicieusement mécontemporains. [...] Martin Suter, avec ce gentleman cambrioleur devenu enquêteur, réussit une belle entrée dans le monde fermé du polar. »


L’Express, François Busnel


« L'écrivain suisse-allemand a imaginé un généreux héritier qui a dilapidé sa fortune mais n'est pas prêt à renoncer à sa richesse. Les polars s'intéressent souvent au social mais foin ici des cages d'escalier et des meurtres sordides, ce sont des polars aristocratiques dont Allmen est le héros. [...] Il est un détective privé de clients, qui n'opère que pour son propre compte, lequel est naturellement en Suisse, pays où il n'y a guère besoin d'enquêter pour savoir que ce qu'il y a de plus international est sans doute l'argent. [...] Une des sources de l'humour d'Allmen et les libellules réside dans la déclinaison de ce présupposé social qui rend le vol plus aisé aux riches. [...] Allmen est une sorte d'Oblomov détective, un expert paresseux qui est navré d'en être réduit à devoir enquêter par (mais pour) lui-même. [...] C'est par le récit d'un des acteurs plutôt que par des recherches épuisantes qu'il découvrira le fin mot de l'énigme dont il tirera le meilleur profit. »


Libération, Mathieu Lindon


« On se laisse emporter par la clarté et la précision de sa lange, par son style fluide et évocateur, par son humour, son ironie, son sens de l'observation. Flanquant son héros de l'indispensable compagnon à tout faire - un fidèle serviteur, astucieux et peu loquace - et truffant son récit d'allusions choisies de Somerset Maugham à Simenon, Martin Suter rend hommage raffiné aux detective novels. »


Les Inrockuptibles, Anne-Claire Norot


« Publicitaire, scénariste et parolier, cet auteur suisse de langue allemande est pourtant venu sur le tard à l'écriture. Mais avec quelle élégance ! En voici une nouvelle illustration : un récit qui, s'inspirant de la tradition des duos d'enquêteurs, constitue le premier volume d'une nouvelle série.Gentleman cambrioleur, le héros s'appelle Allmen. Plus exactement : Johann Friedrich von Allmen. Il vit en Suisse, il a la quarantaine, du style, de la désinvolture, une Cadillac de 1978 et des dettes. Beaucoup de dettes. Bien qu'ayant hérité d'une immense fortune, il a tout dilapidé à force de mener grand train et il se retrouve logé dans la maison du jardinier de son ancienne demeure, qu'il a dû vendre à une société fiduciaire. [...] Il faut parfois savoir forcer le cours des choses, et Suter fait preuve d'un charme tout aussi savoureux que celui de son héros quand il recourt aux conventions du genre, ce qui n'enlève rien à l'intérêt de l'intrigue, bien au contraire. »


Le Monde, Pierre Deshusses

« Décidément, ce diable d'écrivain a un talent fou. Martin Suter, très en verve, signe une intrigue rocambolesque, pétillante, qui file à cent à l'heure. On attend donc avec impatience la suite des aventures de ce gentleman cambrioleur zurichois, Allmen et le diamant rose. »


Femina, Anne Michelet


« D'emblée, ses deux personnages principaux attirent la sympathie du lecteur, autant que l'humour et la finesse du récit, très concis et ciselé, qui évoque les observations d'un Donald Westlake. Point d'action explosive ni de crimes en série à l'horizon, mais on ne s'embête pas un instant dans cette première enquête joyeusement amorale... »


24 Heures, Jean-Louis Kuffer


« Arsène Lupin existe, Martin Suter l'a rencontré ! Il s'appelle en réalité Johann Friedrich von Allmen, il adore le luxe, l'opéra et les voitures anciennes - mais, affreux détail, il est ruiné... Qu'à cela ne tienne puisque les autres ne le sont pas ! [...] Un régal d'humour et de manipulations, avec la perspective de retrouver Allmen dans d'autres aventures! »


Marie-Claire Suisse

« Le Suisse Martin Suter crée un héros récurrent, grand bourgeois helvète et arnaqueur confirmé : un mélange détonant d'aventures rocambolesques, de quiproquos en chaîne et d'intrigues palpitantes. [...] Du Suter pur jus, gouleyant, pétillant, vif, rondement mené. En attendant la suite des mésaventures de notre Arsène Lupin zurichois dans un livre qui sera bientôt traduit chez Christian Bourgois, Allmen et le diamant rose. »


Lire, André Clavel


« Voilà autre chose. Martin Suter, subtil romancier suisse qui connaît les riches comme sa poche, se lance dans le roman policier. Il n'a pas tort. On avait besoin d'un enquêteur d'un genre nouveau. Johann Friedrich von Allmen est rentier. Il commence à avoir des problèmes de trésorerie, car l'héritage de son père n'est pas inépuisable. En plus, les chiffres ne sont pas son domaine. [...] Il y a chez Suter un étonnant sens du détail. Rien ne lui échappe, conversations à la table voisine, nom des grands crus, titres de romans. [...] A la fin, coup de tonnerre, Allmen décide de travailler : il sera détective. Bon choix. On attend la suite. »


Le Figaro, Eric Neuhoff


« Avec ce nouveau roman, tenant à la fois de l'enquête policière et du roman familial, le Suisse Martin Suter signe une fiction où le personnage principal ressemble à s'y méprendre à un Arsène Lupin helvétique.

A la fois cambrioleur et détective, il use de son charme pour résoudre certains soucis personnels et certaines interrogations touchant les rouages de la haute société bourgeoise. S'appuyant sur un fait divers réel, Martin Suter signe ensuite une fantaisie policière qui est le fruit de son imagination. L'histoire d'amour entre Johann et Jojo ne manque pas de piquant et de sel, et le ton volontairement ironique et un peu distant confère au roman son aspect résolument ancien. »


La Provence, Jean-Rémi Barland


« Martin Suter aime à surprendre son monde de lecteurs : après une plongée dans les cuisines épicées d'une Suisse mondialisée (Le Cuisinier), l'écrivain germanophone revient avec un livre de détectives. Pas un thriller à l'américaine, pas un polar noir de style nordique, mais un roman policier à l'européenne, façon Maurice Leblanc. Allmen et les Libellules est le premier tome des aventures d'un couple d'enquêteurs baroques : Johann Friedrich von Allmen, fils de famille ruiné, et son majordome guatémaltèque Carlos. [...] Un peu de légèreté dans un monde de brutes... Voilà une série qui vient à point nommé nous distraire de ces tristes temps et de la littérature qui s'en désespère. Martin Suter réveille la magie des romans à énigme d'antan, tout en poursuivant sa satire de la société moderne. Allmen et son culte de la dette, Carlos l'immigré miraculeux sont des héros bien rafraîchissants. »


Philippe Chevilley, Les Echos

« Surdoué pour jongler avec les codes du polar, Suter livre le premier épisode d'une série addictive, porté par un duo qui évoque plus l'esthétique de Mad Men que l'agitation prétentieuse d'Hercule Poirot. »


Chronic’art, Gladys Marivat


« Pensé comme le volet d'ouverture d'une série inspirée des romans feuilletons du siècle dernier, Allmen et les libellules tient toutes ses promesses. L'auteur pose le décor, les personnages (Martin Suter excelle toujours à décrire les relations de classe en Suisse). Gageons donc que les choses bougeront par la suite. En attendant, c'est frais, léger et fluide. Seulement, comme le veut la tradition, on espère avoir rapidement entre les mains le deuxième épisode afin de prendre nos aises dans la série. »


Page des libraires, Christophe Dupuis


« Sur les chapeaux de roue, on se délecte, en toute intelligence. »


L’Alsace, Jacques Lindecker


« Inaugurant une série policière, ce livre a la même élégance surannée que Le dernier des Weynfeldt. Nulle effusion de sang inutile dans cet impeccable jeu de chausse-trappe sur fond de belles demeures et de loges d'opéra. »


La Tribune et moi, Minh Tran Huy

« Avec sobriété et humour, Martin Suter renoue avec la grande époque du policier familial, plus atmosphérique que sanguinolent, plus cérébral que trépidant. Le snobisme et la futilité y sont parfaitement assumés. Les couleurs et les usages, délicieusement surannés. Quant au tandem Allmen/Carlos, il fonctionne sur un savant équilibre entre hiérarchie sociale et sens des responsabilités. Prochain rendez-vous avec Allmen et le diamant rose, à paraître toujours chez Christian Bourgois. »


Myboox.fr, Thomas Flamerion