Yves Le Gall / Le Matricule des anges - avril 2009
Un roman dont la qualité est la nature essentiellement poétique pourrait-elle servir de support à un scénario de film? Cela semble a priori contradictoire. La veuve de Gil Adamson nous démontre le contraire en réussisant à concilier sensibilité et action en un flux d'images et d'émotions. Images d'immenses espaces naturels amis aussi images précises des plus infimes détails des êtres et des choses. Images aux multiples reflets comme autant de miroirs à la conscience tentée de s'y engloutir. Aucune monotonie, aucune lassitude à découvrir ce minuteux travail sur les formulations, à se laisser porter par le souffle lyrique du premier roman de cette Canadienne, poète et nouvelliste.
Emily Barnett / Les Inrockuptibles - 28/04/2009
Au début du XXè siècle, la cavale d'une jeune veuve dans le Grand Nord. Gil Adamson joint sa voix à un hymne au milieu naturel entonné par bon nombre d'écrivains américains; elle le fait avec une fantaisie poétique, une vigueur expressionniste saisissantes. [...] Réinterprétation du mythe de l'errance en une colonisation d'un genre par le féminin, La veuve n'omet pas de faire un sort au monde moderne. Sa facture classique est une manière de trouver la bonne distance pour aborder les séismes du contemporain. Poignant.
Dominique Paschal / Page des libraires - avril-mai 2009
Dans la nature magnifique où l'être humain se soumet, Mary a peu de chances de survivre mais sa volonté décuple ses forces pour se nourrir, se protéger des animaux et des individus. Sur un rythme endiablé, l'auteur de ce premier roman mène sa jeune veuve et ses lecteurs dans des aventures rocambolesques.
Véronique Rossignol / Le Journal du dimanche - 25/10/2009
Si Gil Adamson ne cache pas son admiration pour Richard Ford et Michael Ondaatje, c'est surtout Jack London qu'évoque ce western au féminin. L'art de la romancière est époustouflant pour évoquer la nature primitive, ressource vitale et danger mortel, hostile et hospitalière à la fois.
Oriane Jeancourt-Galignani / Transfuge - avril 2010
Tout romancier se projette en maître d'œuvre d'un jeu démoniaque et grisant. Tout romancier est un enfant rêvant de dominer l'univers, ses peuples et ses frontières. Tout romancier est le diable incarné. L'écrivain chilien Roberto Bolano consacra son œuvre consacra son œuvre à détourner cette puissance littéraire. Rarement le délire propre au jeu créateur a été étudié d'aussi près que dans Le troisième reich. Par ce roman, Roberto Bolano nous met en garde : le mal se tapit sous notre quotidien, prêt à bondir, dès qu'on lâche prise.
Emily Barnett / Les Inrockuptibles - 14/04/2010
Les questions soulevées par l'écrivain chilien touchent au primitif : la pulsion guerrière est-elle intrinsèque à l'homme ? la guerre a-t-elle besoin d'un substitut qui fonctionne comme catharsis ? ou ce substitut n'est-il au fond que les prémices de l'éternel recommencement ? Interroger les origines du mal, les pulsions qui régissent l'homme à sa base, c'est le créneau fondamental de l'œuvre future de Bolano : celui qu'on ca retrouver dans Nocturne du Chili ou Etoile distante, appliqué aux dictatures sud-américaines, celle de Pinochet en tête. [...] Le Troisième Reich est une critique avant l'heure des jeux de violence virtuelle dont on se demande encore si elle peut se légitimer comme exutoire ou si elle relève de l'incitation. Autant d'énigmes que ce Blietzkrieg de pacotille, prennent une lueur moite de fin du monde.
Sophie Pujas / Le Point - juillet-août 2010
Les légendes noires sont tenaces. Face à la montée des périls totalitaires dans l'Europe de l'entre-deux-guerres, on décrit souvent les intellectuels français comme aveugles, incapables de saisir le mouvement de l'histoire en marche. Pas si simple comme en témoignent les articles publiés dans la Revue des deux mondes dans les années 1930 et réédités aujourd'hui par Christian Bourgois. Fondée au XIXe siècle, la prestigieuse revue, où signèrent entre autres Balzac et Dumas, s'est toujours attachée à mêler l'analyse sociale et historique à la littérature. Si sa ligne politique évolua, elle privilégia toujours la prudence d'analyse et le pragmatisme.
Claire Devarrieux / Libération - 19/08/2010
La première phrase contient tout le livre, fable politique où les intellectuels et les esthètes n'ont aucune chance de s'en sortir: "Le soldat frappe à coups de crosse l'homme qui serre le livre contre lui." En alternance, Linda Lê décrit les exactions de Karaci et ses sbires, le pitoyable état de la population et donne la parole à une jeune femme, Una, qui adresse des lettres à son frère exilé. La violence du pouvoir est atroce et vulgaire, les lettres sont élégantes et tristes, mais une jubilation phénoménale vient irriguer l'ensemble. Elle vient pirater tout ce que les personnages pourraient avoir de solennel.
Propos recueillis par Marine Landrot / Télérama - 18/08/2010
Télérama: Les phrases de vos romans sonnent elles aussi d'une manière étrange. Vous aimez les mots rares, les assemblements inhabituels...
Linda Lê: Je me dis toujours qu'il faut qu'un texte « phosphorise ». C'est un mot que j'aime bien. J'essaie toujours de tendre vers cela, mais sans effort, sans que ce soit un exercice. J'aime l'incandescence des mots, que les livres soient des brasiers.
Télérama: Votre nouveau livre, Cronos, décrit les rouages d'une dictature atroce. C'est le plus violent de vos romans...
Linda Lê: Étrangement, certains livres ont été violents pour moi quand je les écrivais, mais pas celui-ci. Je l'ai tissé avec une patience de Pénélope, tranquillement, jour après jour, en me sentant plus perspicace que d'ordinaire. Ma surprise, c'est que j'ai changé de vocabulaire, avec des personnages qui utilisent un registre très familier, presque trivial. J'ai eu un grand plaisir à faire parler le minitre de l'Intérieur, à trouver les paroles qui disent toute la vulgarité du personnage, sans jamais la décrire.
Nadège Badina / Page des libraires - septembre 2010
Sa transposition de La Fontaine ou encore du mythe d'Antigone à notre époque fonctionne à merveille, surtout dans son évocation du Mal. La volonté de puissance des deux despotes ne bégaye jamais sous sa plume, comme si les mots, déversés en flot continu, étaient leurs armes.. Plus encore que les personnages, c'est l'univers dessiné par l'auteur qui fait de ce récit une réussite.
Christine Marcandier-Bry / Mediapart - 08/07/2010
Les éditions Christian Bourgois poursuivent la publication - en version bilingue - de son œuvre, inclassable, à mi-chemin de la poésie et de l'expérimentation, de la citation et de l'écriture automatique, dans un foisonnement qui passe par des scenarii de films, des notes, des aphorismes, des textes en prose ou en vers. La poésie (au sens alors de création) est pour Morrison une ouverture au monde.
Christine Marcandier-Bry / Mediapart - 08/07/2010
Envolées lyriques et infusions d'argot, la poésie de Jim Morrison est un melting pot, bouillonnant et acéré, violemment visuel et musical, une confluence (Blake, de Quincey, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Burroughs, Kerouac), un appel au rythme. Une Nuit américaine hantée par ses « rêves à la lisière » (Borderline dreams) et sa solitude, fondamentale :
Sophie Pujas / Transfuge - septembre 2010
Comment faire du destin hautement pathétique de Marilyn Monroe le prétexte d'un récit burlesque ? En racontant l'histoire du point de vue d'un chien ! Fasciné par le cabot [offert par Frank Sinatra], Andrew O'Hagan en fait le narrateur d'un récit ironique et mordant. [...] La satire est nourrie d'une noirceur qui restera hors champ, comme la mort de l'actrice. Dans ce livre placé sous le signe de Sterne, la digression et le goût du paradoxe sont la règle. Noces joyeuses du roman et du septième art.
Patrick Beaumont / La Gazette Nord Pas de Calais - 19/08/2010
Si son intelligence acérée et caustique est désopilante, elle est aussi accablante et Maf se comporte tour à tour en philosophe moraliste puis en commentateur traitant de sujets d'actualité. Portrait de Marilyn et de l'Amérique des années 1960, comédie littéraire et satire politique, ce roman drôle et subtil conjugue habilement le désir de divertir avec une profonde gravité morale et une extroardinaire richesse culturelle.
Christine Marcandier-Bry / Mediapart - 19/08/2010
Autant dire que cette prose canine est un délice d'ironie, de satire littéraire et politique et offre un regard neuf, décalé sur les sixties, à travers l'icône de cette décennie, Marilyn. Le propos n'est pas de reprendre ce que chacun sait ou imagine, par exemple des relations entre la star et Mister President. Maf assiste à la rencontre Monroe-Kennedy chez Peter Lawford, rapporte leur conversation mais ne s'intéresse pas aux secrets d'alcôve. Norma Jean est sa maîtresse, de 1960 à 1962, sa « compagne prédestinée », comme il aime à l'écrire. Même si, prévient-il dès les premières lignes du récit, « rien n'échappe au plus petit de tous les chiens ». Il croque, démasque et n'épargne personne, Natalie Wood « pilier de cocktail », John Wayne « mouchard », Frank Sinatra « sans autre but que lui-même », décortique les liaisons dangereuses du cinéma et du pouvoir politique, suggère, ironise, brosse un tableau proprement saisissant des « années 1960, une décennie qui débuta vraiment pour nous avec l'éclat déclinant de Marilyn ». Sous l'angle de l'intimité et non du scandale.
M.R. / Point de vue - 18/08/2010
Mafia Honey, Maf pour les intimes, n'est pas un chien comme les autres : c'est le compagnon de Marilyn Monroe. [...] Philosophe et observateur subtil, il n'hésite pas à donner son avis sur les dérives de l'Amérique maccarthyste, le libéralisme ou la conquête de l'espace. La plume ironique d'Andrew O'Hagan est un pur plaisir et les rires jaillissent à chaque remarque décalée de ce Tocqueville canin.
Jean Soublin / Le Monde - 27/08/2010
Sans s'apesantir sur des faits aujourd'hui très connus, O'Hagan étudie le états d'âme de son héroïne, la tristesse, les doutes, les espoirs tels que les perçoit dans l'intimité le bichon subtil, attentionné, compatissant, parfois moqueur quand il parle de sa maîtresse à d'autres chien qu'il croise. [...] Un sacrilège, peut-être, mais un sacrilège intéressant.
Olivier Mony / Livres Hebdo - 06/07/2010
Qui fait l'ange, qui fait la bête, dans cet univers de comédie où les petites filles aiment trop les loups-garous et les rivières de diamant ? Mafia Honey traverse cette cour des miracle avec la grâce des sages et des (pas si) innocents. Et ce qui aurait pu n'être qu'une aimable pochade pour « happy few » se transforme peu à peu en requiem pour la beauté en allée comme en réflexion douce-amère (et par ailleurs parfaitement hilarante) sur le miroir aux allouettes de la célébrité et de l'adoration. Ni dieux, ni bêtes en quelque sorte. Bien entendu, ceci n'est pas une fable. Bien entendu, c'est une tragédie.
Raphaëlle Leyris / Envy - 06-12/05/2010
Un mariage qui se délite; un écrivain en plein exercice d'autosatisfaction; deux mégères en train de dézinguer leurs amies... Ce sont quelques-unes des cibles de Dorothy Parker dans ces nouvelles. Cet écrivain, la New Yorkaise la plus spirituelle des années 30, écrit moins à la plume qu'avec la pointe d'un diamant, et ne laisse rien passer à ses personnages. Un délice aussi indémodable qu'une robe noire.
librairie Passages - juin-juillet 2010
Un recueil de nouvelles truculentes et pétillantes d'une éternelle fêtarde révoltée. Mention spéciale pour "La jarretière" où une soirée avec des inconnus vire au cauchemar. Tout simplement brillant!
Fabrice Lardreau / Transfuge - septembre 2010
À la manière de Perec dans Les Choses ou, plus récemment, de Nicholson Baker dans La Mezzanine, Alan Pauls tente d'épuiser son sujet. Particulièrement réussi, ce septième roman explore les résonances universelles d'une question en apparence banale que sont les préoccupations d'ordre capillaire.
Daniel Berland / Page des libraires - septembre 2010
Un homme, qui entretient depuis toujours une relation obsessionnelle et douloureuse aux cheveux, tente de percer le mystère de son trouble obsessionnel compulsif pour mieux en saisir le sens et la complexité. [...] Cet étrange propos, qui pourrait de prime abord paraître quelque peu vain, dérisoire et artificiel, prend rapidement la forme, sous la plume aiguisée d'Alan Pauls, d'une grande parodie politique et sociale. Derrière la quête superficielle d'un homme, et de toutes les rencontres très atypiques qui la jalonnent, c'est tout un pan de l'Histoire de l'Argentine qui ressurgit. [...] Un toc, une manie, une idiosyncrasie qui tient le lecteur en haleine durant tout le fil de ce diabolique roman.
Véronique Rossignol / Livres Hebdo - 10/07/2010
Alan Pauls est un styliste qui cherche à articuler l'expérience et la forme. Les péripéties, sorties et entrées de scène des personnages, sont enrubannées dans de longues phrases déviées par des incises, digressives, retombant toujours sur leurs pattes après de très maîtrisées circonvolutions. À la manière dont le passé, jamais linéaire, se déplie, les souvenirs surgissent puis s'enroulent en accrochant les uns aux autres, par contamination, association d'idées, et sortent du chapeau de la mémoire : le coiffeur-gourou d'Elvis Presley, la coiffeuse hippie de la première coupe en solo, dans un salon de Buenos Aires, la mèche du Che vendue aux enchères et « l'ancien combattant », fils d'un révolutionnaire mythique et d'une réfugiée politique, formidable personnage qui, avec sa recherche d'une perruque-relique, hante la fin virtuose du roman. Histoire des cheveux est un roman, drôle, cruel et profond dont la force comique (et tragique) ne tient pas seulement à la monomanie du personnage, sa quête fétichiste absrude et presque toujours déçue de LA coupe mais à l'humour à froid qui corrode, l'air de rien, des illusions déjà perdues.
Hugo Pradelle / La Quinzaine littéraire - 01-15/07/2010
Cette série d'enquêtes menées par un logisticien hors pair, entre désordre et précision (puisque certaines sont très abouties alors que d'autres gardent traces d'hésitations et de leur inachèvement), sont à la fois des joyaux de démonstration policière, presque des pastiches, et relèvent, semble-t-il, d'une dynamique plus profonde, celle d'une pensée du vide, de l'abscons, de l'illusion et de la faculté de voir autre chose que ce qui semble être. Ces dix nouvelles nous portent au-delà de la réalité, nous font envisager une extrémité de l'œuvre de Pessoa., une sorte de contre point ludique et glaçant aux désarrois de l'âme qui occupent les divagations de Soares ou du stoïcien... [...] Les nouvelles policières de Pessoa, plus que des intrigues réclamant d'être démêlées, ordonnent une autre réalité, donnent forme à une pensée extrême et déroutante, celle qui remplace le fait par la perception pour la replacer tout entière dans l'orbe de l'idée. [...] Il y a ici quelque chose d'un crime perpétré contre la rationalité perpétré par ses propres armes, un fascinant renversement du sens, et c'est un gouffre terrible qui s'ouvre sous nos pas. Il nous faut donc sauter dans le vide.
Oriane Jeancourt-Galignani / Transfuge - janvier 2010
Son journal est l'histoire de la naissance d'un personnage, un écrivain penseur, un « lecteur protéen de soi-même », tel qu'elle désignait Roland Barthes. Cette première partie du journal de Sontag ne donne pas encore à voir l'icône médiatique et intellectuelle des années 70, mais son émergence. Le livre est intitulé Renaître, car dans cette première période de la vie de la jeune femme, l'essentiel du quotidien réside dans une aspiration qu'elle cherche par tous les moyens à assouvir. Que recherche-t-elle, cette créatrice en gestation ? « La force, non pas de subir, mais la force d'agir. »
Alice Kaplan / Libération - 21/01/2010
Connue pour ses prises de position sur le nouveau roman, sur le Vietnam, la Bosnie, le 11 Septembre, sur Leni Riefenstahl et Roland Barthes..., elle n'avait rien à dire sur sa vie privée. Et voilà que sept ans après sa mort, ce placard se trouve grand ouvert. [...] Tout comme les héroïnes de la Nouvelle Vague, elle a vécu cette saison mythique de 1958 hors de l'histoire, hors du temps et de l'espace politique. La force et la faiblesse de ses journaux de jeunesse est de nous faire vivre ce perpétuel présent fait de sentiments extrêmes et d'expériences individuelles.
Nathalie Crom / Télérama - 27/01/2010
Renaître s'inscrit dans [une] ample et scrupuleuse entreprise éditoriale, et offre l'accès à l'intimité d'une conscience et d'une intelligence en formation. Ce volume couvre, en effet, les années 1947-1963 - née en 1933, dans une famille très modeste, Susan Sontag a 14 ans aux premières pages de Renaître, et déjà sa soif de savoir, la pente éminemment spéculative de son esprit, son intégrité intellectuelle extrême sautent aux yeux. Comme frappe, chez l'adolescente à l'intelligence précoce, un lien puissant, jamais démenti ultérieurement, avec l'écriture, tout ensemble moyen de pensée et vecteur de poésie. [...] L'apprentissage intellectuel et sentimental qu'on voit à l'œuvre, au fil des pages parfois arides ou âpres de Renaître, a effectivement quelque chose d'une renaissance, d'une volonté de dépassement, pour le moins d'une construction de soi, déterminée, opiniâtre, follement ambitieuse. [...] Tout ceci empreint, aussi, pourtant et malgré tout, d'une forme d'angoisse contenue qui affleure - une vulnérabilité, une précarité rien plus qu'émouvante et humaine.
Nelly Kaprièlian / Les Inrockuptibles - 3-9/02/2010
Rédigés sous forme de passages lapidaires, presque de notes, ces carnets qui couvrent les années 1947-1963 accompagnent un mouvement passionnant : passer de l'image qu'on a de soi à ce que l'on est vraiment, et devoir faire avec. Et se demander comment on va faire avec. [...] Peu de journaux révèlent ainsi une perception aussi honnête, profonde, sans concessions, crue de soi-même, comme seule possibilité d'exister et d'exister comme écrivain.
Raphaëlle Rérolle / Le Monde - 05/02/2010
C'est un tableau cru qui émerge de ces pages, sans autre retouche que celle des coupes effectuées dans la masse. Le portrait saisissant d'une très jeune femme occupée à se construire avec une constance et une détermination inouïes. Entrée à l'université californienne de Berkeley à l'âge de 16 ans, Susan Sontag se crée méthodiquement comme sujet de sa propre existence.
Marta Krol / Le Matricule des anges - février 2010
Dévoilement et dénuement tant il est vrai que ces lignes souvent chaotiques, tendues, nerveuses, tels les prolongements directs d'émotions et d'affects vécus, sont un trésor de connaissances sur la personne même de Sontag bien sûr, et en cela elles feront le bonheur de ses lecteurs, mais aussi sur la formation, la fermentation, enfin la douloureuse maturation d'un esprit d'exception.
André Clavel / Le Temps - 20/02/2010
Commencées à 14 ans, ces pages sont à la fois un miroir de l'intime et une invitation à dépasser les frontières de l'ego grâce aux mots. Des mots qui n'étaient pas destinés à être publiés et qui sont d'autant plus sincères lorsqu'elle parle [entre autres] de ses aventures amoureuses, de sa volonté de transgresser les tabous, de ses batailles contre les préjugés. Et de sa relation passionnelle à l'art, dont elle fit une sorte d'absolu.
Aliette Armel / Le Magazine littéraire - mars 2010
La lecture de ces carnets est passionnante parce qu'elle permet d'entrer dans l'intimité d'une femme qui a marqué la vie intellectuelle new-yorkaise et européenne, pendant les années où elle structure sa personnalité, où elle prend des « décisions sur la question de Dieu », où elle observe « son fils, 4 ans, à la première lecture d'Homère », où elle découvre André Gide, Thomas Mann et Franz Kafka, où elle accepte son identité juive, où elle lutte contre elle-même et la société pour admettre ses penchants sexuels, où elle cherche à maîtriser ses états émotionnels, où elle établit de slistes colossales de livre à acheter touchant tous les champs du savoir et de films à voir qui vont de Bergman à Bourvil, de Kubrick à Jean Rouch. Elle choisit ses points d'ancrage - Manhattan, le centre de Paris -, sans renoncer à une certaine forme d'errance.
Thierry Guichard / Le Matricule des anges - juillet-août 2010
Martin Suter fait rentrer dans sa cuisine les actualités du monde : au conflit sri lankais fait écho un scandale de trafic d'armes dont les ondes toucheront Maravan au point de l'entraîner à revoir ses plus profondes convictions. [...] Le roman se lit avec ce plaisir qu'on prend à découvrir un monde nouveau.
Nathalie Crom / Télérama - 24/03/2010
Si on retrouve ici les interrogations de l'auteur sur l'écriture, toujours vives et profondes, s'il poursuit sa réflexion sur la relation qu'entretiennent les livres et la vie, les livres et l'amour, s'il regarde même, avec un sourire inquiet, l'avenir de l'édition et du livre, la fiction n'est pas, pour Vila-Matas, un prétexte. Elle est là, elle fonctionne. Digressive et émouvante. Ironique et mélancolique, plus que jamais.
Nelly Kaprièlian / Les Inrockuptibles - 24/03/2010
Vila-Matas décrit minutieusement dans Dublinesca un lent suicide à la littérature : quand la littérature se métamorphose en un poison qui peu à peu vous contamine d'hallucinations et vous éloigne dangereusement du réel, jusqu'à en être à refuser de vivre sa vie. [...] Vila-Matas est ce prestidigitateur digne de Nabokov qui organise un monde entièrement fait de textes multiples en nous donnant l'illusion d'un texte unique. Non pas un auteur mais une Factory à lui tout seul. Vila-Matas, un imposteur de génie, comme tous les plus grands artistes.
Minh Tran Huy / Le Magazine littéraire - avril 2010
Découpé sur trois mois de l'existence de Samuel Riba, Dublinesca s'apparente à une triple reprise, au sens musical du terme : l'auteur s'amuse à agencer de nouveau, suivant une dramaturgie voisine, des leitmotive tels que le rapport de l'éditeur à l'alcool, l'habitude qu'il a prise de lire sa vie comme s'il s'agissait d'un texte, ou encore son chagrin de n'avoir pas réussi à découvrir « l'auteur génial » dont il rêvait. [...] Non sans malice, Dublinesca débute sur le récit (ou plutôt le non-récit) par Samuel Riba d'un séjour à Lyon où il élabore une théorie du roman qu'il finit par jeter, et qu'on retrouvera bien sûr dans Perdre des théories. Clin d'œil qui montre une nouvelle fois que, pour Vila-Matas, comme pour Mallarmé avant lui, le monde existe pour aboutir à un livre - voire deux.
Igor Capel / Le Canard enchaîné - 07/04/2010
Il y a une grande jouissance à observer un auteur déplacer avec autant d'habileté les lieux de la fiction, capable de faire entrer qui bon lui semble dans son livre, personnages fictifs aussi bien que réels (la plupart du temps écrivains), héros de romans ou amis supposés, sans tomber dans les travers de l'autofiction. Jonglant au contraire avec tous les possibles qu'offre la littérature, Vila-Matas élargit le champ et entraîne son lecteur dans un long rêve éveillé, à la fois joyeux et mélancolique.
Alain Nicolas / L'Humanité - 01/04/2010
Dans ces pages drolatiques et désespérées, on retrouve avec délectation la dérision désenchantée de l'auteur, son érudition souvent poussée jusqu'à la mystification, au service d'une quête intranquille, celle de la littérature, dont nous pourrions bien n'avoir plus à étreindre qu'un fantôme.
Florence Noiville / Le Monde - 09/04/2010
Attention, il ne faudrait pas croire que Dublinesca nous entraîne tristement, aux côtés d'"un vieux décati", dans un voyage nihiliste sur la Littérature défunte. C'est tout le contraire. Certes, il pleut tout le temps dans ce "requiem pour la fin d'une époque". Mais le ton de Vila-Matas est tellement désabusé qu'il en devient extrêmement drôle. [...] Il ne faudrait pas croire non plus que Dublinesca se réduise à cette "non-histoire" - la tragédie d'un homme que "rien ni personne n'aurait jamais réussi à convaincre que vieillir a du charme", et qui, presque sans transition, passerait, hébété, de Gutenberg à Google. Non. Il y a dans cette fin de partie finalement plus beckettienne que joycienne, une absurdité joyeuse et roborative. Il y a dans ces arabesques dublinesques - saturées, comme toujours chez Vila-Matas, de centaines d'échos, coups de chapeau, citations détournées ou non, variations sur le vrai et le faux, clins d'œil entre les vivants et les morts... -, il y a dans ces pages un art d'utiliser la parole, de la tendre, de "l'étirer vers des milliers de connexions lumineuses" qui sont, pour nous lecteurs, des "phares" dans l'infinie obscurité du RIEN. D'autant qu'à la fin la Littérature ressuscite..., à moins qu'elle ne soit jamais morte.
Olivier Renault / Art Press - mai 2010
Comme toujours avec Vila-Matas, un délicieux vertige, des situations loufoques, des contre-pieds, ainsi que toutes sortes de codes et d'allusions littéraires ludiques. Mais là où, chez un autre, on éprouverait sans doute une arrogance culturelle ou du snobisme, chez Vila-Matas tout est jeu, humour, légèreté. Plus encore, les références sont la matière même du livre.
Maurice Nadeau / La Quinzaine littéraire - 01-15/07/2010
Comment un livre aussi noir peut-il être une lecture si excitante ? C'est là le secret de Vila-Matas, qui n'aura jamais fini de nous surprendre. D'abord par son propos, qui est un déguisé pastiche, no peut-être d'Ulysse, cette horlogerie monstrueuse, mais de la manière joycienne, amoureuse du détail apparemment gratuit et qui demeure inoubliable, de la digression, ici alimentée par les rencontres et évocations d'écrivains, de lectures fondatrices, de souvenirs, de rêves, d'apparitions, de fantômes, à Barcelone comme à New York, Londres et Dublin. Un ouvrage fait pour les amoureux d'auteurs qui vous changent la vie.
Florence Noiville / Le Monde - 09/04/2010
Seul et abandonné de tous lors d'un symposium qui ressemble fort aux Assises internationales du roman, un double de Vila-Matas tente de bâtir une théorie du roman et repart bredouille, persuadé qu'on ne peut théoriser sur rien mais que ce RIEN est follement productif et libérateur.