Isabelle Ruf / Le Temps - 22/02/2013
César Aira a l‘art d'instiller du fantastique dans le réalisme le plus scrupuleux, un fantastique qui se fond dans le décor avec le plus grand naturel. Il est coutumier de ces dérapages qui prennent par surprise. Avec Les Fantômes, il annonce la couleur dès le titre.
Valérie Nigdélian-Fabre / Le Matricule des anges - mars 2013
Rien que de très simple : une vie populaire et laborieuse, le quotidien d'une famille, la préparation des repas, la lessive... Que perturbent pourtant, dès le début, l'étrange phrasé de César Aira et son rythme si particulier, défaisant l'unité apparente de la perception, produisant par d'imperceptibles glissements un insidieux sentiment de disjonction dans la façade tranquille de la réalité - jouant de décalages infimes, de sauts microscopiques jusqu'au basculement vers autre chose, qui n'est jamais vraiment si différent.
Christian Roinat / Espaces latinos - mars-avril 2013
L'ambiance, étrange et poétique, est un des charmes principaux de ce court roman, qui, récit faussement naïf mais souvent vraiment poétique, dérive tout doucement vers une gravité qu'onne soupçonne pas au début. Les membres de la famille Viñas semblent être les seuls à voir les fantômes auxquels ils sont parfaitement accoutumés. La fille aînée, Patri, est particulièrement attirée par eux et leur univers immatériel. Jusqu'où ira cette attirance ? La fin du roman est poignante et inattendue.
Igor Capel / Le Canard Enchaîné - 07/05/2013
L'auteur a beaucoup écrit sur la ville, mais plus encore sur le paysage et la manière dont l'homme l'a façonné au cours du temps. En fait, c'est au territoire qu'il s'est toujours intéressé, et à ses différents modes d'occupation. Et, bien sûr, il n'a pu échapper, au cours de ses réflexions, à la question animale. A l'heure où l'« hypothèse » de leur disparition n'est plus une vue de l'esprit, Bailly tente ici de renouer le fil avec ces premiers habitants de la Terre (…). Il le fait à sa manière, entre rigueur philosophique et fulgurance poétique, mais en prenant le parti des « bêtes ».
Maurice Mourier / La Quinzaine littéraire - 15-30/05/2013
La capacité philosophique à distinguer et à analyser, dans la trame quotidienne de nos vies, la présence, le plus souvent invisible, de l'animal, permet de réunir les éléments d'une riche discussion, qui sera bien entendu d'essence intellectuelle. Mais elle repose sur une méthode toute physique. [...] La poésie que recèle ce texte, de manière voilée ou non, tel est l'ingrédient majeur qui change ce livre en bijou d'artiste de la langue, et le lecteur qui se charge d'en restituer le charme en éléphant dans un magasin de minguei japonais : ébahi et admiratif devant des objets fonctionnels, à la fois précis, concis, d'une exactitude parfaite, et sobres dans leur fantaisie, sans raideur, sans chiqué, autant de formes belles et utiles.
Alain Dreyfus / Marianne - 13/04/2013
Jean-Christophe Bailly échappe aux classifications. Poète ? Ethnologue, philosophe ? Sans doute tout cela à la fois sans ressortir à un genre. Sinon celui d'arpenteur apte à saisir le merveilleux dans la banalité apparente. [...] Huit textes brefs et denses, pour dire comment chaque bête est douée d'un langage.
Mélanie Le Loupp / Page des libraires - avril-mai 2013
Cet ouvrage, qui prend pour sujet l'animal, est une fois de plus une façon de se pencher sur le langage, un langage devenu tout naturellement ici animal. Quel regard portons-nous sur cet être à la fois différent et proche ? Si le langage des animaux est incontestablement différent du nôtre, il n'en reste pas moins un langage, qu'il en soit muet ou bruyant, qu'on le découvre à travers des odeurs ou des comportements.
Olivier Mony / Livres Hebdo - 08/03/2013
Dans Le parti pris des animaux, Jean-Christophe Bailly poursuit sa réflexion sur la condition animale et les menaces qui pèsent sur sa diversité et, partant, notre identité humaine. Dans [ce livre comme dans La phrase urbaine], il déploie une pensée où l'écriture se fait chair par l'expression d'une langue formée sur l'analogie poétique. L'intelligence y est en habits de fête. C'est très inactuel et, bien sûr, absolument moderne.
Véronique Rossignol / Livres Hebdo - 22/03/2013
L'occasion de découvrir seize short stories parmi les dizaines publiées dans le New Yorker entre 1974 et 2004, qui plongent au cœur de la société américaine et parcourent trois décennies de relations sentimentales et familiales. [...] Avec une ironie sèche qui s'attendrit dans les nouvelles les plus récentes, Ann Beattie déroule ses histoires comme ses héros prennent le volant, qui changent de véhicule ou d'itinéraire et continuent de tracer leur route dans l'ignorance de leur destination.
Nathalie Crom / Télérama - 27/03/2013
Des appartements à New York, des pavillons avec pelouse lisse dans le ¬Vermont, à Tucson ou en Floride, des femmes, des maris, des amants, des ruptures et des chassés-croisés qui n'ont du vaudeville que les dehors dérisoires, voire ridicules, mais révélant plus profondément des individus avançant à tâtons, des trajectoires sentimentales aléatoires, des solitudes juxtaposées qui jamais ne se rejoignent, des émotions ordinaires qui ont valeur de séismes, partout un désarroi affectif, existentiel et spirituel qui cherche les moyens de se rassurer... voilà ce que dépeignent, réalistes, cinglantes de lucidité, de drôlerie subtile et amère, les seize nouvelles rassemblées dans le présent recueil.
Christophe Mercier / Le Figaro - 02/05/2013
L’important, dans ces textes, c'est leur rythme, leurs dialogues, leur alacrité, une subtilité d'observation, d'écriture, qui ne se donne jamais en spectacle. Ici, aucun « tour de force », juste un naturel, une aisance, une discrétion qui sont la marque d'un très grand art. Au fil du recueil, le ton se fait plus sombre et, en même temps, beaucoup plus drôle. Les trois derniers textes (…) sont à la fois hilarants et déchirants. C'est dire l'exceptionnel talent d'Ann Beattie, la meilleure nouvelle qui nous soit venue d'Amérique depuis Cheever et John Updike.
Bruno Juffin / Les Inrockuptibles - 08/05/2013
En 1968, un journaliste du magazine Rolling Stone a droit, à Londres, à une entrevue avec John Lennon et Yoko Ono. Le coup de foudre alors éprouvé aura des conséquences durables : contrairement à la majorité de ses collègues, Jonathan Cott ne verra jamais en Yoko une calamité castratrice mais une artiste majeure. [...] Devant le micro complice de Cott, Lennon revient sur sa période politiquement engagée, sur sa découverte du cri primal, sur ses années mari au foyer et sur son éternel amour pour le rock'n'roll en cuir noir d'Elvis et de Gène Vincent ; puis, en rendant hommage à Lester Bangs, Cott permet à l'écriture punk de faire une incursion rafraîchissante dans un ouvrage se situant à son exact antipode.
Clémentine Goldszal / Elle - 03/05/2013
Durant douze ans, Jonathan Cott a été le témoin privilégié d'une romance et d'une collaboration qui ont marqué l'histoire de la pop. Partisan, l'écrivain journaliste l'est totalement. Il ne s'en cache pas : il a toujours admiré Yoko, son endurance, ses combats, son art. Fan des Beatles, il a adopté la nouvelle reine mère en disciple avoué. Plus qu'un symptôme de dévotion au saint duo, son livre touche en rappelant la terrible frustration de John, une star décidée à ne pas se laisser enfermer dans son statut d'icône. [...] Aujourd'hui, restent les photos, les œuvres, les chansons, le souvenir de Lennon et l'inoxydable énergie de Yoko qui poursuit seule leur lutte.
Jean-Claude Perrier / Livres Hebdo - 03/05/2013
Jonathan Cott est l'un des rares critiques de rock, sinon le seul, à traiter de façon indissociée du do Lennon-Ono. [...] Le plus nouveau, finalmeent, ce sont les pages consacrées à Yoko, comme une tentative de réhabilitation. [...] Ce que Cott fait très bien, c'est mettre en rapport ce qu'on lui raconte et les paroles des chansons des Beatles, de façon lumineuse
Didier Jacob / Le Nouvel Observateur - 09/05/2013
Un témoignage extraordinaire, qui offre un éclairage nouveau sur les dernières années de la vie de John Lennon .
Violaine Binet / Vogue - mai 2013
L'excellent journaliste du magazine Rolling Stone était devenu un ami du couple. Lennon lui donna sa dernière interview trois jours avant sa mort, le 8 décembre 1980. Ce livre fait le compte-rendu de leurs conversations privées ou professionnelles. Rien d'autre, mais c'est formidable : on a l'impression de voir John et Yoko comme dans la vie réelle.
Frédéric Sylvanise / La Quinzaine littéraire - février 2013
Disponibles jusqu'à présent séparément, ils forment aujourd'hui une somme monumentale, d'une grande richesse. [...] Ce ensemble de poèmes se lit avec un grand intérêt car Ginsberg s'y révèle une sorte de guide spirituel pour plusieurs générations de jeunes gens lassés du matérialisme et du consumérisme, qui ont trouvé une source d'inspiration durable dans cette poésie absolument libre de ton, que n'effraient ni le grotesque ni le mauvais goût.
Laurent Bosc / Rollin Stones - mars 2013
« Les éditions Bourgois ont eu la bonne idée de réunir en un seul volume les poèmes de Ginsberg. L'occasion de suivre au fil des années les fulgurances poétiques et les illuminations hallucinées de cet éternel beatnik, arpenteur du monde et de l'âme humaine. Reality Sandwiches, Planet News, Mind Breaths/Plutonian Ode, Linceul Blanc et Cosmopolitan Greetings : les seuls titres de ses recueils sonnent comme une invitation au voyage.
Elisabeth Philippe / Les Inrockuptibles - 26/02/2013
Les textes de Sarah Hall dégagent une force brute, parfois crue ; une violence presque animale. Au sens littéral dans la première nouvelle (Le Parfum du boucher), où il est question d'un cheval agonisant, ou plus insidieusement quand l'auteur dissèque le désespoir d'une maîtresse qui se croit hors-jeu ou les frustrations libidinales d'une épouse (La Belle Indifférence, L'Agence). Hall s'attarde sur les corps, les chairs. Même ses descriptions de paysages ont quelque chose d'organique, qui rappelle ces tableaux de Georgia O'Keeffe où les fleurs sont comme des sexes offerts.
Julie Coutu / Le Matricule des anges - mars 2013
La romancière anglaise Sarah Hall publie son premier recueil de nouvelles, sept récits à l'étonnante sensualité,nourris par des paysages plus grands que nature : Les nouvelles rassemblées dans La Belle Indifférence ont en commun une atmosphère, une intimité liée aux lieux, aux temps, aux figures de femmes invoquées - adolescentes, quarantenaires, mariées, esseulées, révoltées : toujours en attente. Autour de ces femmes plus vraies que nature, agitées souvent par leurs instincts les plus primaires, désir, colère, peur, Sarah Hall crée un sentiment d'incertitude, qui confine parfois presque à la violence.
Abdelhak Najib / Maroc Hebdo International - 08/03/2013
Ces histoires de vie sont d'abord un voyage. Un périple intérieur pour aller au bout de soi. Ensuite un défi à la distance pour passer d'une contrée à une autre, à travers quelques personnages
à la fois saisissants de réalisme et fuyants dans leur complexité. Sarah Hall signe ici un condensé vital sur des questionnements primaux qui scrutent l'âme humaine, entre désirs refoulés et écrasement des jours.
Anne-Marie Mitchell / La Marseillaise - 10/03/2013
La belle indifférence est un recueil de sept nouvelles, où l'inquiétant quotidien pèse plus lourd que lhorreur délirante de la fictive réalité, et où l'effervescence des esprits couve, vient crever à la surface des mots - telle une eau en ébullition qui soulève le couvercle, se déborde et provoque une catastrophe suspendue aux marges des pages.
Gérard Guégan / Sud-Ouest - 24/03/2013
Il nous semble que Sarah Hall (...) met dans La Belle Indifférence, son tout dernier recueil de nouvelles, beaucoup d'elle-même. Même si, selon le principe flaubertien (...), nous ne savons pas toujours derrière qui précisément elle se dissimule dans chacune de ces sept nouvelles. Par exemple, dans la première (« Le Parfum du boucher »), pur chef-d'oeuvre, est-elle la narratrice, plutôt paisible, qui cherche l'amitié d'un démon, Mada la belliqueuse ? Ou est-elle ce démon que tout le monde redoute ? (...) Une seule chose est certaine chez Sarah Hall : au lyrisme des apparences répond la démesure de l'être intérieur. On pense donc parfois aux soeurs Brontë.
Isabelle Couriol / Page des libraires - avril-mai 2013
Avec ce texte, Peter Hobbs réussit un coup de force. Comme dans un un conte, il nous emmène dans une sublime histoire d'amour au sein d'un pays où les castes ont la vie dure, empêchant, parfois, le rêve des deux jeunes gens de se réaliser. L'auteur plonge son lecteur dans l'horreur du monde concentrationnaire d’une prison pakistanaise. On y ressent les douleurs et les angoisses qui frappent les prisonniers. Il sait nous décrire les séquelles psychologiques qui accompagnent la convalescence et la difficile réintégration du jeune homme dans une société bouleversée par la guerre, la peur et la disparition des valeurs traditionnelles. Il utilise une écriture dépouillée qui alterne entre poésie et conte oriental, où fleurent les roses, éclatent les couleurs des grenades. En lisant ce texte, on ne peut s'empêcher de penser à SynguéSabour, roman monologue de Atiq Rahimi. On y retrouve le même dépouillement, le lent déroulement des journées, ces petits riens indicibles, éléments essentiels de l'existence.
La Croix - 27/04/2013
Un superbe livre-poème.
Robert Maggiori / Libération - 11/04/2013
La Panique politique et Scène permettent de revenir sur la façon dont Lacoue-Labarthe et Nancy surmontent peu à peu les « dissentiments » théoriques pour approcher non un accord mais un point de déséquilibre forçant la pensée à s'ouvrir encore davantage. [...] La panique politique s'installe de plain-pied sur la scène de la vie collective, en abordant une problématique qui semble aujourd'hui s'être éloignée de l'actualité théorique : la politique de la psychanalyse et la psychanalyse de la politique.
Robert Maggiori / Libération - 11/04/2013
[Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy] ont tenté de penser ce que « commun » veut dire, ce qu'est la « scène » où le dialogue authentique « prend corps » jusqu'à devenir « être ensemble », ce que « représente », plus largement, une « scène », quand elle est théâtrale ou politique, esthétique ou philosophique. [...]Qu'est-ce qu'une mise en scène ? Doit-elle se confondre, demande Labarthe, avec le « spectacle », sinon le « spectaculaire » ?...
Jean-Baptiste Hamelin / Page des libraires - avril-mai 2013
Sept nouvelles pour contrer l'inattendu. Sept nouvelles pour confronter ses personnages à un événement soudain, subit, déroutant, cet événement qui les mettra aussitôt en « échec ». Lorsque le petit ronronnement de la vie s'enraille, comment réagir ? Farfelues et étonnantes, profondes et néanmoins brutales, les situations de Marsé démontrent une acuité sociale forte de la part de cette nouvelliste. (...) Berta Marsé questionne ainsi notre propre capacité de raisonnement, de réflexion et d'adaptation. Quelle attitude adopter lorsque la réalité échappe à toute logique, lorsque l'acte devient monstrueux, soit immédiatement, soit par le parcours intime dont il découle. Berta Marsé propose ses réponses, pour le moins décalées avec un charme, un optimisme en la vie et en ses personnages. En échec ? Une réussite...
Muriel Steinmetz / L'Humanité - 28/03/2013
Berta Marsé ne manque pas de caractère. Elle n'hésite pas à dire leurs quatre vérités à ses personnages. L'écriture sobre, fruit d'une observation quasi clinique, tient l'émotion immédiate à distance. [...] Berta Marsé, dont on sent la colère retenue, nous fait goûter à froid la stupeur qui frappe ses créatures dès que le destin leu assène un mauvais coup. L'être humain est ici radiographié jusque dans le dénis. Elle excelle à capter les moments de basculement où les mots précipitent ceux qui prolifèrent dans un abîme inconnu.
Nelly Kaprièlian / Les Inrockuptibles - 20/03/2013
Ce sont ces moments où tout bascule, pétages de plomb ou autre, et où se révèle notre vraie nature jusque-là enfouie sous moult épaisseurs de convenances ou de mensonges souvent à nous-mêmes), qu'aime saisir Berta Marsé dans les sept nouvelles de son premier livre. Elle le fait avec finesse et humour, envoyant percuter ses personnages sur le mur de l'inattendu, d'un événement bizarre, d'une situation qui les dépasse. [...] Au fond, ce que Berta Marsé ne cesse d'interroger c'est la façon dont chacun se comporte sur la scène du petit théâtre de la vie quand un accident de parcours advient.
Bruno Corty / Le Figaro - 21/03/2013
En sept nouvelles, Berta Marsé raconte des vies simples qui basculent sur un mot, une phrase. Des enfants sont souvent au cœur de ces bouleversements. Avec candeur, ils dévoilent des secrets, des actes honteux et mettent les adultes en situation d'échec. Dans une langue moderne, alerte, Berta Marsé joue sur différents registres, Et si le fond est souvent sombre, inquiétant, l'humour est omniprésent. La nouvelle où une jeune coiffeuse est confrontée à une diva irascible est un modèle du genre. Toutes les émotions y défilent et l'on éclate de rire avant d'avoir la gorge nouée.
Philippe Ségur / L'Indépendant - 23/03/2013
L'auteur excelle a évoquer ces heures de verité au-delà desquelles la vie, une relation ou l'individu lui-même ne sera plus jamais comme avant. On voudrait avoir des superlatifs en réserve pour vanter le talent de Berta Marsé car ce livre possède des qualités de premier ordre : émotion, humanité, humour cinglant et justesse psychologique. Quant au style, alerte, nerveux, inventif, il signale a coup sûr l'apparition d'un auteur. Pour un coup d'essai, c'est donc un coup de maître. Non seulement on ne s'est pas ennuyé à la lecture de ces nouvelles, mais on attend leur suite avec la plus vive impatience.
Avantages - 07/03/2013
Un illustrateur qui, sans le savoir, révèle un cas d'inceste, des fiancés qui se déchirent lors d'une partie de canotage... Berta Marsé s'attache à décrire le moment où la vie de ses personnages bascule. D'une écriture vivante, remplie d'humour mordant et noir, elle déterre drames familiaux et petits secrets. Mention spéciale pour "La Tortue", justement primée, qui frappe par sa force.
24 Heures - 22/02/2013
Façade plantée dans une Angleterre aussi inodore qu'incolore, Ce qui est arrivé à M. Davison révèle l'instant et l'élève en héros incontournable. Il est ce point précis dans ne vie où tout peut basculer, où le hasard inverse le cours des choses, où la tragédie peut devenir comédie et vice versa. Taillés avec une déconcertante audace dans l'ordinaire, les personnages de Jon McGregor son dépossédés de toute identité. Que vivaient-ils avant cet instant ? Que vivront-ils après ? Peu importe. Drôle ou angoissante, la fenêtre se referme sans fournir de réponse, à moins que l'explication se trouve dans nos propres existences.
Emilie Grangeray / Le Monde - 08/03/2013
C'est à désespérer et à mourir de rire - c'est en tout cas particulièrement réussi. Après plusieurs romans remarqués par la critique et sélectionnés pour le Man Booker Prize, le jeune auteur britannique Jon McGregor fait une entrée fracassante dans le genre de la nouvelle. De quoi s'agit-il ? De tout et de rien - c'esà-dire de la vie. De désirs inassouvis, de questions sans réponses, de lâcheté, de méprise, de doute et de suspicion, de jalousie et de rancœur. De l'impossibilité au fond de connaître l'autre quand il est déjà si dur de raisonner sur soi-même.
Abdelhak Najib / Maroc Hebdo International - 08/03/2013
L'étrange M. McGregor. Cet homme déroule les mots comme des couteaux qui émincent tout ce qui se trouve sur leur chemin. Rien ou presque ne trouve grâce à ses yeux dans une Angleterre disloquée. Le paysage d'abord. Des routes bétonnées où plus rien ne survit en dehors de la rutilante machinerie. Les fêlures des jours défilent dans un univers sans teintes. Et c'est là que l'écriture de Jon McGregor devient jubilatoire. Des textes très courts, parfois une seule page suffit pour créer un monde avec ses folies, ses déboires, ses attentes avortées. [...] Entre
regrets, volonté certaine de bien faire sans y parvenir, l'implacable machinerie de la vie broie tout au passage. L'apocalypse dans sa terreur post-moderne est née sous la plume de Jon McGregor, il ne reste plus qu'à se trouver un refuge. Ou un subterfuge.
Léon-Marc Lévy / Lacauselittéraire.com - 07/03/2013
Jon McGregor nous avait habitué à ces procédés avec son premier roman magistral Même les chiens. Mais en 30 nouvelles stupéfiantes d'inventivité et de décalage, il nous confirme de façon éclatante qu'il est un des grands stylistes des lettres britanniques d'aujourd'hui. Jusqu'à l'exercice de style, celui qui consiste à entrer dans un phrasé et un langage propres à un registre de langue. [...] Il est de justice que de souligner ici le travail remarquable de Christine Laferrière, la traductrice de ce recueil. Ce n'était sûrement pas de tout repos, et néanmoins c'est une impeccable réussite. Jon McGregor est au cœur du jeu d'écrire. Ou de sa folie. Comme Torrance, l'écrivain psychotique de « Shining ». On le suit volontiers dans ses explorations.
Anne-Marie Mitchell / La Marseillaise - 10/03/2013
Un recueil d'une trentaine de nouvelles , dans lesquelles les protagonistes ont toujours une raison d'attendre et de ne pas discuter. [...] Tous les récits s'écrivent avec d'assourdissants non-dits, violentent la beauté des passages et nous laissent seuls face à notre incompréhension du monde. A lire absolument.
Christine Ferniot / Télérama - 20/03/2013
C'est à une promenade gourmande et littéraire qu'invite Montalban dans ce recueil. [...] Son héros, Pepe Carvalho, enquêteur désinvolte, aime sa ville de Barcelone, la littérature, les femmes, mais aussi l'omelette à l'escabèche ou le riz aux palourdes soigneusement assaisonné. La cuisine est un art qu'il pratique avec conscience, comme la recherche de la vérité. Voici réunies quelques-unes de ses plus belles gourmandises.
Sébastien Lapaque / Le Figaro - 21/03/2013
Dix ans après la mort de Manuel Vazquez Montalban, la réédition en cours des aventures de Pepe Carvalho, son fameux détective, évitera au voyageur étourdi de s'aventurer à Barcelone sans livres à dévorer sous le soleil des Ramblas. Le verbe « dévorer » n'apparaît pas ici par hasard : les familiers de l'écrivain savent que Pepe est un cuisinier scrupuleux, doté par son créateur d'un appétit d'ogre. On s'amusera à retrouver quelques-unes des 120 préparations culinaires rassemblées dans Les Recettes de Carvalho.
L'Histoire - mars 2013
Au total, plus qu'un livre : un dossier courageux à plusieurs voix sur la complexité du drame algérien, dont le principal acteur s'appelle ici « Français d'Algérie ».
Mathieu Lindon / Libération - 11/04/2013
Le narrateur a énormément d'imagination, à l'égal de son créateur (…).Apparition de l'éternel féminin est un reportage sur l’enfance et l'adolescence. Parler, penser, mentir, ressentir, comprendre, se rendre compte sont les actions principales du roman.
Olivier Lamm / Chronic'art - avril 2013
Métaphysicien aguerri, Alvaro Pombo semble user de sa fiction pour célébrer le monde par les mots. C'est tendre, tortueux et très moderne.
Jean-Baptiste Hamelin / Page des libraires - avril-mai 2013
Kate Summerscale, après le remarquable L’Affaire de Road Hill House, dépeint de nouveau avec maîtrise cette société aisée de l'ère victorienne. Il suffit de consulter la liste bibliographique et les notices explicatives pour comprendre que ce livre est plus qu'un simple roman. Il est le témoin pertinent de cette époque si puritaine, si rétrograde, cette époque pas si lointaine où les femmes ne jouissaient que de peu de liberté, privées parfois de celle, vitale, de rêver.
François Rivière / Le Figaro - 25/04/2013
Le grand talent de Kate Summerscale nous fut révélé avec L'affaire de Road Hill house. Plus subtil mais tout autant chargé de suspense, le récit de l'affaire Robinson dresse le portrait inoubliable d'une Bovary d'outre-Manche, que l'on dévore d'une traite comme un roman de P.D. James ou Ruth Rendell.
Pascale Frey / Elle - 26/04/2013
Kate Summerscale explore la société victorienne avec un accent tout particulier sur la déplorable condition féminine. Se transformant en détective de l'Histoire, elle signe un livre aussi bluffant que le précédent.
Sabine Audrerie / La Croix - 07/03/2013
Et si Madame Bovary ne s'était pas suicidée ? Et si elle avait plutôt divorcé ? La talentueuse Kate Summerscale, à travers sa minutieuse enquête sur une affaire qui défraya l'actualité britannique en 1858, retrace une histoire différente de celle, romanesque, publiée par Flaubert l'année précédente avec le retentissement que l'on sait. Pourtant, c'est bien une Emma Bovary victorienne dont le portrait éclot sous la plume de Kate Summerscale. [...]L'affaire dont il est question aujourd'hui met en lumière l'évolution des mœurs à une époque charnière. Kate Summerscale évoquera aussi les tâtonnements de la médecine - et de ses nombreuses et parfois fumeuses spécialités, quarante ans avant la découverte de l'inconscient -, les échos de la révolution industrielle, l'évolution des mentalités. [...]Le récit du procès et de sa relation dans la presse de l'époque est édifiant. Kate Summerscale livre aussi des extraits de correspondances des nombreux protagonistes de l'affaire au long de l'instruction, tous tentant de préserver leurs intérêts au seul détriment de la pauvre femme, confirmant une inexorable déchéance.
Sophie Pujas / Le Point Hors Série - mars 2013
Grâce à un minutieux travail d'archives, Kate Summerscale reconstitue l'affaire, révélatrice d'une époque puritaine, mais obsédée par la sexualité. Phrénologues et spécialistes de l'hystérie féminine sont sommés d'expliquer les écarts de conduite de cette Madame Bovary anglaise dont les aspirations préfigurent les combats des femmes au xx= siècle.
Nelly Kaprièlian / Les Inrockuptibles - 13/03/2013
La Déchéance de Mrs Robinson nous plonge dans une époque passionnante, traversée par des recherches biologiques, psychologiques, un renouveau littéraire, un désir de sortir l'humain d'un carcan rétrograde, de redécouvrir l'esprit et le corps, mais qui bute toujours sur les mœurs et la liberté féminine. [...] Summerscale excelle une fois encore à fouiller minutieusement les archives, à reprendre et approfondir une enquête du passé, et à le reconstituer sous forme de roman noir. Mais la force du texte réside sur les questions qui sont posées et ont des résonnances profondément contemporaines : un écrit peut-il être considéré comme un acte, une réalité ? Quelle est la fonction d'un journal intime : consigner des faits ou des fantasmes ? Où réside la limite entre le public et l'intime ?
Daniel Martin / La Montagne - 22/03/2013
Relater ces faits divers, c'est se pencher sur une société très corsetée, au moment où elle est bouleversée par la nouvelle donne de l'industrialisation. Contrainte à s'ouvrir, se transformer. Évolution dont l'une des conséquences fut, dès 1858, de faciliter le divorce. Prétexte que choisit Kate Summerscale pour poursuivre son enquête, donner ce livre en
forme de traité sur la frustration, ses méfaits et remèdes, bien avant Freud. [...] En filigrane revient la question de la femme, de ses choix, de sa liberté à disposer de ses biens de son corps, etc.
Christine Salles / Psychologies magazine - mai 2013
Knupp, le vieux voisin de Peter dont la femme a été assassinée devant leur domicile, soliloque. Entre eux s'installe une relation ambiguë. Après le temps de l'espionnage réciproque vient de prouver que « le temps ne passe pas, c'est tout le reste »... Au lecteur de découvrir quoi.
Mathieu Lindon / Libération - 02/05/2013
La copine de Taler a été assassinée et il veut assassiner l'assassin. Il comprend vite que son curieux voisin, octogénaire veuf, est un hurluberlu qi prétend que le temps n'existe pas et que, si on remet le monde en l'état où il était du vivant de sa femme, ce sera comme si sa femme n'était pas morte. [...] Il faut tromper le temps comme la femme du veuf voulait tromper le corps en se conduisant comme si de rien n'était quand elle était malade. [...] Mais quand on commence avec la tromperie, on ne sait jamais où ça va s'arrêter, ni le personnage, ni, surtout, le lecteur.
Philippe Chevilley / Les Echos - 14/05/2013
Avec Martin Suter, la surprise est toujours au rendez-vous. [...] L'auteur ne nous épargne aucun détail du leurre à grande échelle [qu'il échafaude]. On pourrait s'en lasser, mais au fil des pages, la tension monte, alimentée par un double suspens : qui est l'assassin de Laura ? Et, surtout, Knupp va-t-il réussir à tromper le temps ? Le roman se termine sur une pirouette ambiguë. Palpitant thriller métaphysique et subtil exercice littéraire, Le Temps, le temps nous met la tête à l'envers, nous fait perdre toute notion du...
Olivia de Lamberterie / Elle - 03/05/2013
Cette histoire de deux hommes en peine, qui s'acharnent à abolir le temps, est contée avec la précision d'une horloge suisse. Suter épouse l'obsession de ses héros jusque dans les moindres recoins de leur monomanie, imagine une escroquerie à donner des mauvaises idées, monte une gigantesque machinerie qui fait vaciller les certitudes. Sous ses atours fantaisistes, Le temps, le temps est aussi un roman plein de larmes rentrées, celui du deuil que refusent de faire deux obstinés en lutte avec la réalité. Et, outre sa virtuosité, c'est évidemment le livre le plus bouleversant de Martin Suter. [...] Le temps est assassin mais la mémoire est la seule revanche sur la mort.
Nicolas Ungemuth / Le Figaro Magazine - 03/05/2013
Le Temps, le temps est une énième preuve de la grandeur de Suter. Qui signe ici l'un de ses romans les plus maîtrisés.
Marie-Claire (édition suisse) - mai 2013
Sous les dehors du polar (crime, enquête, suspect, etc...) Martin Suter livre un étonnant roman philosophique sur le deuil et le remords, avec double dénouement à la clé.
librairie Le Square / Transfuge - mai 2013
Pas de discours philosophique chez Martin Suter, seule la précision du trait, le détail pour montrer l'emprise d'une obsession et la mécanique du suspense pour dévoiler à tous, dans un terrible vertige, l'insoutenable béance du deuil.
Alexandre Fillon / Livres Hebdo - 19/04/2013
Martin Suter épate plus que jamais avec Le temps, le temps. Opus réglé au millimètre où il joue admirablement avec la tension de ses lecteurs et autorise toutes les audaces.
Bernard Quiriny / Le Magazine Littéraire - mai 2013
Le roman est davantage un livre sur l'image qu'un livre sur le temps (avec les thèmes de la photo, du décor, de la reconstitution) ; plus exactement, il met en scène la relation entre les deux et rappelle à ce titre les vertiges de L'Invention de Morel d'Adolfo Bioy Casares. Une profondeur qui n'empêche pas Martin Suter de mettre à profit ses dons bien connus d'observateur et d'humoriste, avec quelques scènes joliment ironiques sur la vie de bureau ou sur les rapports de voisinage en copropriété. Très prenant, parfois réellement inquiétant, ce Temps se classe parmi les meilleurs crus de l'écrivain suisse.
André Clavel / Lire - 24/04/2013
L’ange du bizarre se nomme Martin Suter. Son obsession ? Les pathologies du cerveau humain, une machine qui, sous sa plume, se détraque souvent. Dans Le Temps, le temps, il revient à ses hantises en mêlant polar et fantastique pour mettre en scène deux personnages aux prises avec la mort. (…) L'auteur de Small World a l'art de semer le trouble dans ce roman où, prisonniers de leurs propres illusions, ses personnages appellent à la rescousse Wells et Balzac, dont l'une des nouvelles - Adieu - raconte la même histoire.
Marine Landrot / Télérama - 24/04/2013
Martin Suter instille un malaise à la David Lynch. Quotidiens, agités, répétitifs, ses mots sont des grains prisonniers d'un sablier qui se retourne sans cesse. (…) Il ne faut pas révéler la nature de la dangereuse expérience que [les personnages] vont tenter, sur leur planète de béton gravillonnée, mais sachez que vous allez perdre pied avec eux, et que Martin Suter sera désormais un écrivain que vous guetterez. (…) Martin Suter attaque la douleur par la douleur, frontalement, pour en faire jaillir la guérison.
Isabelle Ruf / Le Temps - 22/02/2013
Le sens de l'absurde de Javier Tomeo s'épanouit avec une drôlerie irrésistible.
Jean-Philippe Rossignol / Art Press - février 2013
Tous les temps sont réunis dans ce roman sonore. Le passé et ses cendres, le présent grâce au ballet de la foule qui monte et descend des escalators un soir de vernissage, le futur vertigineux de l'humanité prise dans les filets d'une attente perpétuelle. [...] Rien n'est dispersé ou brouillé. Le fil est celui d'une harmonie sertie de points de rupture : en cela Sentinelles s'apparente à une expérience véritablement auditive. Il y a une logique propre à cette fiction. Ni bordement ni kaléidoscope, mais un agrandissement du temps par récriture même. Voilà une partition réalisée avec peu de moyens, à savoir une foule et quelques individus qui sortent du bois, l'instant d'une soirée autour d'un invité qui se cache autant qu'il est démasqué. Lectrice d'Edgar Poe et d'Elias Canetti, Cécile Wajsbrot parvient à tenir la distance entre l'histoire extraordinaire et la réflexion politique.
Aliette Armel / Le Magazine littéraire - février 2013
La scène se déroule pendant un vernissage au Centre Pompidou. [...] Au fil des propos qu'elle rapporte, Cécile Wajsbrot évoque par petites touches tout autant l'histoire de l'art vidéo que les rituels du milieu parisien de l'art contemporain. Puis, soudainement tout bascule. [...] L'événement déclencheur se produit à 21h12. Devenus symbole du cataclysme et de l'effroi, les quatre chiffres du 21 décembre 2012, où le monde devait connaître sa fin, marquent l'instant où une panne de secteur plonge le Centre dans le noir, bloque les escalators et arrête les moniteurs vidéo de la sécurité tout autant que les écrans présentant les œuvres. [...] L'épreuve est aussi inquiétante qu'elle ouvre de nouvelles perspectives : il y a encore des missions à accomplir, des visions à porter, des ombres à filmer et des barrières à faire céder.
Véronique Rossignol / Livres Hebdo - 31/01/2013
« L'idée d'une unité thématique a fait son chemin : les romans à venir déclineraient une réflexion sur l'art et sa réception. [...] Sentinelles, troisième variation autour du thème, qui met en scène un jeune vidéaste le temps d'une soirée de vernissage inaugurant la rétrospective de ses travaux au Centre Pompidou. [...]Parvenir à donner du volume au temps, voilà ce que Cécile Wajsbrot poursuit dans l'écriture. Elle explique qu'en choisissant de s'intéresser cette fois à un art très contemporain elle a voulu se confronter au présent. Un défi pour cette romancière qui a surtout sondé le passé, explorant notamment la mémoire douloureuse de ses ascendants, grands-parents et parents, Juifs originaires de Pologne exilés à Paris dans les années 1930.
Catherine Le Duff / Page des libraires - février 2013
L'écriture de Wajsbrot se voit, s'entend, se vit : le jeu de miroir qu'elle met en scène donne le ton et le temps à ce qui peu à peu devient roman. L'envoûtement nous gagne et l'on se prend à ne plus vouloir en finir. Mais même les plus grands vernissages ont une fin, quand chacun rentre chez soi. Quand chacun tourne la dernière page, il subsiste autant de questions que naissent de nouvelles incertitudes. Toutes choses propres à la vie.
Dominique Dussidour / Remue.net - 10/02/2013
Sentinelles est un roman simple, savant et généreux : simple si le lecteur accepte de faire confiance au chant polyphonique des innombrables voix qui nous entourent et nous habitent, savant et généreux car la précision de sa construction empêche qu'aucune voix soit négligée, abandonnée. C'est un des plus beaux romans de Cécile Wajsbrot, un roman qui explore un territoire nouveau dans son œuvre et dans la narration romanesque contemporaine.
Antoine Perraud / La Croix - 14/02/2013
Lire Cécile Wajsbrot, c'est réapprendre à lire. Pas d'instance narrative. Des dialogues s'emboîtent, qui sonnent comme une polyphonie singulière, un ballet de voix esseulées formant un chœur furtif. [...] Née en 1954, agrégée de lettres ayant tout plaqué pour se consacrer à l'écriture, hantée par la béance que créa le nazisme en Europe, Cécile Wajsbrot nimbe son vertige catastrophiste d'un humour délicieux. Ne perdant pas de vue « quelque chose qui fait espérer », ces fragments, ces portions, ces débris de dialogues ou de soliloques, de délibérations ou de jacasseries, font le tour de la précarité. [...]De quoi nos échanges de propos sont-ils tributaires ? Rarement de ce qui vient d'être dit par autrui. La prise de parole est ici sous surveillance. L'écrivain fustige les caméras espionnes de Monaco ou de Levallois, mais elle capte et capture les mots en loque, pour mieux nous mettre sous les yeux leur asservissement. Chaque repartie ressemble à un revenant, chaque pensée à un fantôme, chaque sentence à un spectre. Cette langue trouée n'est autre que la fosse commune de nos vies terrestres.
Christine Marcandier-Bry / Mediapart - 22/02/2013
Sentinelles poursuit l'exploration et la fragmente : le roman se déroule en une soirée de vernissage à Beaubourg, un mardi, « jour sans grâce ». [...] On retrouve des motifs du cycle, la solitude fondamentale des êtres, des survivants, la prégnance des catastrophes sur l'imaginaire collectif et cet « écart absolu entre la vie qu'il avait désirée et celle qu'il avait menée, entre l'image et la réalité » (Conversations avec le maître) : « nous essayons tous de transposer la forme de notre vie idéale dans la vie réelle ». Ce sont ces errements et ces doutes que sonde Cécile Wajsbrot dans Sentinelles, roman qui met en abyme l'ensemble du cycle comme les fondements de ce projet. [...]Le cycle Haute Mer met en perspective la place de la fiction dans le monde contemporain, la manière dont peu à peu l'univers se dématérialise - Internet, vidéos, forums, images des caméras de surveillance - mais aussi la science. [...]Les romans de Cécile Wajsbrot ne sont pas hors du monde, dans une tour d'ivoire ou un phare éloigné. Ils entrent de plain-pied dans nos vies, du plus intime au plus politique, donnant voix aux « vies ignorées », celles des victimes, des SDF, des exclus. Comme l'énonce un bronze de Berlin, Der Rufer, en ouverture de L'Île aux musées : « Ecoutez, la voix que vous n'entendez pas cherche à vous prévenir, à attirer votre attention, dans ce monde, il reste des choses à dire, il reste des choses à savoir ». Haute Mer vous donne à les entendre.
Raphaëlle Leyris / Le Monde - 02/05/2013
[Cécile Wajsbrot] demande au lecteur de plonger dans son texte comme il se jetterait à l'eau, elle le laisse apprendre à y nager par lui-même, en s'immergeant dans les vagues de discours qui le composent - extraits de dialogues, soliloques, questions sans réponses, monologues que l'on devine intérieurs... Le miracle est qu'il ne boive pas, jamais, la tasse. (…) A travers ces expérimentations formelles passionnantes, qui ne font jamais basculer, le roman dans l'hermétisme, l'auteur nous parle de solitude : celle de l'artiste à l'œuvre, celle du spectateur qui reçoit son travail alors qu'il est au cœur même d'une foule ; solitude de chacun, surtout, à travers ces échanges qui n'en sont pas, ces soliloques et ces questions sans réponses.
Eric Loret / Libération - 11/04/2013
Ce n'est pas vraiment sur la vanité, plutôt sur le temps. Sentinelles est d'abord un livre de rythmes, de mémoire, sur la captation, la solitude. (…) Le discours sur l'art contemporain, qui jusque-là prévalait, devient relecture du contemporain tout court, et tentative d'échapper à l'eschatologie.
Christine Ferniot / Télérama - 26/03/2013
Conversations avec le maître débute par un échange presque incongru entre un homme et une femme. Il est compositeur, elle ne connaît rien de ce monde. Il explique, elle entend. Plus tard, elle se souviendra et tentera de rassembler ces « conversations ». [...] Cécile Wajsbrot s'interroge sur les arts, leur réception auprès du public, lecteur, auditeur, spectateur.
Christine Ferniot / Télérama - 26/03/2013
L'île aux musées fait suite à Conversations avec le maître. Il approche cette fois l'univers de la sculpture et de la peinture, entre Berlin et Paris à travers deux couples qui se déchirent. [...] Cécile Wajsbrot poursuit ainsi un cycle romanesque - qu'elle continue avec Sentinelles, son nouveau roman - qui constitue une très belle exploration de la création et de ses perceptions.
Jean-Pierre Allali / www.crif.org - mai 2013
Dans le très beau roman fortement autobiographique qu'elle publie, Hélène Waysbord navigue entre la réalité et la fiction, mêlant des souvenirs de sa propre enfance à des récits d'invention. [...]Cet ouvrage, à l'écriture agréable et remarquablement travaillée, est une manière de surmonter le choc qui, malgré les années, demeure toujours aussi fort, d'une séparation monstrueuse et irréparable.[...] Il est suivi, en deuxième partie, de la publication des lettres, miraculeusement conservées, que Jacques Wajsbard a pu envoyer aux siens depuis Beaune-la-Rolande puis Drancy. [...]Hélène Waysbord, qui n'hésite pas à se référer à La lettre au père que Kafka écrivit quatre ans avant sa mort en 1919, y ajoute ses propres commentaires, toujours très éclairants.
Thomas Stélandre / Le Magazine Littéraire - mai 2013
« Dans la lignée de Middlesex de Jeffrey Eugenides, Annabel suit la trajectoire d'un personnage fille et garçon qui, étant les deux, n'est de fait ni l'un ni l'autre. Kathleen Winter a pour elle de s'intéresser moins aux chromosomes qu'à ce que le constat de la différence révèle de ceux qui la rencontrent. Elle révèle bien sûr du mépris, de la cruauté, mais elle révèle surtout de la générosité, du courage, de la gentillesse. Gentillesse qui est aussi, semble-t-il, celle de l'auteur : tous ses protagonistes sont sauvés, tous sont rachetés. Il y a là beaucoup de délicatesse - il en faut pour écrire sur un tel sujet -, et il y a là une voix, simple, douce, attentive aux paysages et aux gens qui les peuplent. Un premier roman remarquable. »
Psychologies magazine - avril-mai 2013
En ces temps où l'identité sexuelle fait débat, plongez sans hésitation dans ce roman passionnant qi vous fait partager la vie d'Annabel/Wayne, hermaphrodite né dans un village canadien. Vous resterez sous le charme de cette fiction inspirée, qui se double d'une ode aux couleurs du Labrador et à sa nature généreuse.
Marine Landrot / Telerama - 06/03/2013
On a tous un roman un peu rare, un peu bizarre, totalement à part, qu'on offre à ceux qui semblent le mériter. Un livre cher qu'on partage avec les personnes dignes de confiance, qui auront interdiction d'exprimer la moindre déception sous peine de vous blesser déraisonnablement. Annabel fait partie de ceux-là. Sitôt ouvert, il vous emplit d'une émotion indéfectible. [...] Son écriture, poétique et captivante, va au cœur des choses, puis balaie les contours avec un grand sens du détail féerique. Chaque mot semble une étoile qui rayonne sur les autres, une fleur ouvre ses mille pétales pour diffuser son parfum unique. Du firmament au plus profond de la terre, du ciel aux racines, Kathleen Winter goûte la beauté de la nature qui enveloppe ses personnages et leur chuchote à l'oreille des secrets indicibles. [...] Tous ces personnages sont des êtres d'exception, de simples gens remplis de lumière, de belles personnes inconscientes de leur sainteté. C'est le tour de force de Kathleen Winter que d'avoir donné de si belles couleurs à leurs visages qui avaient tout pour être blafards et pathétiques. Jamais elle ne décrit leurs sentiments, ni leurs fragilités, ni leurs espoirs, et pourtant leurs vibrations les plus intimes ne cessent d'affleurer à chaque page. Terriblement attachants, ils avancent au présent, humbles, entiers, absolus.