James Agee

Brooklyn existe

Christine Ferniot / Telerama - 03/03/2010

Cette œuvre est à la fois descriptive, panoramique et composée comme une symphonie ou un set de jazz. James Agee glisse d'une rue à l'autre, d'une allée bourgeoise à un terrain vague. Il est fidèle aux lieux en cherchant à « rejoindre le battement vivant de l'existence », comme l'écrit très subtilement Jean-Christophe Bailly dans sa préface. [...] Un magnifique carnet de voyage polyphonique.

David Boratav / Chronic'art - mars 2010

En narrant par embradées un quartier « de deux millions de personnes » dont la réalité charnelle « investit la ville d'une dignité intense, pitoyable et inviolable », Agee compose un « poème-enquête ». Agee s'inscrit dans la lignée de ceux qui, de Steinbeck à William T. Vollmann en passant par George Orwell, considèrent le reportage comme une entreprise morale. Pour ces auteurs, la rencontre avec l'autre, avec l'étrange ou le tabou, va de pair avec le besoin de dire la vérité sans détour.

Gladys Marivat / Les Inrockuptibles - 3-9/02/2010

Avançant par rafales au rythme des déambulations de James Agee, Brooklyn existe se lit comme une photographie poétique de cette banlieue de Manhattan. L'écrivain part à la rencontre des habitants et écoute dans les restaurants ou les bidonvilles ce qu'ils ont à dire sur ce quartier en pleine ébullition, en proie aux antagonismes sociaux et raciaux.

Christine Marcandier-Bry / Mediapart - 04/02/2010

Un texte comme un long ruban de bitume, scandé, de longues si longues phrases, dont « s'élève une lamentation sauvage, inépuisable », comme du zoo de la ville. Agee parcourt, lit, décrypte, rend le rythme particulier de la ville, son essence. Le texte a été écrit en 1939, mais Brooklyn is, dans un éternel présent. Comme l'écrit magnifiquement Jean-Christophe Bailly dans la préface du livre, Brooklyn est, sous la plume d'Agee, une « pulsation », un « poème », une « usine fictionnelle ».

Alberto Cavallari

La fuite de Tolstoï

Joseph Macé-Scaron / La Magazine littéraire - février 2010

Cavallari s'attache non pas aux derniers jours mais à la fugue de l'écrivain russe et à l'entrelacement de ses significations possibles : la fuite de la mort, la fuite/révolte, la fuite/liberté. [...] Ce court récit est riche d'enseignements.

Alberto Garlini

Venise est une fête

Serge Airoldi / Le Matricule des anges - mars 2010

Fiction, réalité, fiction de la fiction, dans cette fête vénitienne, tout concourt au jeu de piste. Dans la ville labyrinthe, mais aussi dans l'aller et le retour permanent entre la littérature que Garlini entreprend de construire et celle d'Hemingway qu'il met en scène ; celle, encore, que Garlini imagine en train de naître de la rencontre entre personnages, sortis d'une fiction, offerts par lui à nouvelle lecture, et dont Hemingway, cette fois personnage lui-même, semble s'amuser comme un écrivain le fait dans le travail intime de sa création.

Sophie Pujas / Transfuge - mars 2010

Alberto Garlini insuffle dans ce roman à l'architecture raffinée un lyrisme incandescent à une prose artistement ciselée. Une œuvre d'orfèvre.

Laura Tirandaz / Page des libraires - janvier-février 2010

Garlini fait renaître avec délice une Venise aux lieux célèbres et aux petites ruelles propices à l'illégitimité : quel autre lieu pour peindre de tels jeux amoureux ?

Olivier Renault / Art Press - mars 2010

Beau roman sur le dédoublement dans la fiction, le poids des rumeurs, l'honnêteté de l'écrivain, la vérité que l'on se doit... et l'éternel mystère de Venise.

Alexandre Fillon / Livres Hebdo - 29/01/2010

Alberto Garlini orchestre de main de maître un étrange ballet noir et romantique dans les rues de Venise où « aucun homme qui soit vraiment un homme ne peut s'ennuyer », à en croire Hemingway. On y suivra la lourde carcasse du romancier et nouvelliste qui boit du valpolicella au réveil avant de passer au bloody mary. On y verra des hommes et des femmes tenter de fuir, de croire qu'il est encore possible d'aimer et de vivre encore un peu. « Les écrivains ont deux possibilités : demeurer intègre ou sombrer. » fait dire Garlini à Hemingway. Avec ce beau et vibrant Venise est une fête, le romancier italien confirme qu'il a quant à lui opté pour la première solution. »

 

Sarah Hall

Comment peindre un homme mort

Pierra Dupuy / Page des libraires - janvier-février 2010

Au cœur de l'histoire et du discours haletant des personnages, une solide et subtile poésie s'insinue. Ce qui les rapproche n'est que furtivement évoqué pour laisser la place à un lien plus fort, - le nœud de la passion et du deuil - ainsi qu'une manière d'aborder l'indispensable, à savoir l'art, sans lequel l'espoir s'éteint. On croit commencer un bon livre sans prétention, mais la virtuosité soudain surprend. Voilà un grand roman, de ceux qui jouent avec vos viscères et donnent envie de les relire dans la foulée.

Chloé Brendlé / Le Matricule des anges - février 2010

L'auteur instille progressivement à son récit un lyrisme intérieur avec d'infimes variations tonales. [...] Quatre personnages du langage, quatre chants intimes qui alternent en se répondant indirectement, à travers les âges. [...] Derrière la satire des commentateurs et la désillusion des artistes, Sarah Hall peint un hymne à la beauté endeuillée.

Jean Soublin / Le Monde - 19/02/2010

Le titre nous prévient : il s'agit de la mort. Celle d'un homme, mais plus généralement celle qui guette chacun d'entre nous. Celle que l'on attend, que l'on prépare avec angoisse, ou qui vous fauche à l'improviste. Celle d'un être que l'on aimait. Celle, en suspens, des êtres inconscients, branchés sur des lits d'hôpital. Et, puisqu'il étudie la mort, ce livre parle aussi - surtout - de la vie : son sens, sa fragilité. Mais c'est aussi un roman sur l'image, plus précisément sur la représentation, la mise en scène, notamment de la vie. Quel sens donner à l'image qu'on capte à la télé, au cauchemar qui obsède nos nuits ? A celle que crée le vieux peintre avec d'infinies précautions, appuyé sur vingt siècles d'expérience, mettant toute sa compétence, toute sa pauvre énergie, toute son âme enfin... pour un reflet sur une bouteille - alors que cet homme meurtri, depuis vingt ans, ne peint justement que des bouteilles ? [...] La narration passe de l'une à l'autre de ces personnes, déblayant graduellement le fatras des angoisses et des vanités individuelles pour aboutir à la fin, dans chacun des cas, à la terreur devant l'indicible. Quant à la prose, fondée sur un exceptionnel talent descriptif, elle s'adapte et soutient comme il convient les alternances de paix et de souffrance, de retenue et d'excès. [...] Un livre atroce et magnifique.

Sophie Pujas / Transfuge - février 2010

Admiratrice de Richard Brautigan, Sarah Hall partage avec lui l'art de faire se côtoyer le cocasse et le déchirant. Elle désamorce le piège d'un roman trop entièrement cérébral par une écriture intensément charnelle. Chaque personnage charrie un monde de visions, d'odeurs et de sensations brûlantes, au fil d'une plume élégante. [...] Embarquer avec elle est une expérience insolite et vibrante

Leonard Michaels

Sylvia

Claire Devarrieux / Libération - 04/03/2010

Sylvia est entré dans le panthéon des meilleures histoires d'amour à mort. [...] Leonard Michaels alterne souvenirs et fragments de journaux, pour mieux raconter l'enfer qu'il a vécu, mais il s'arrête aussi sur l'atmosphère de ces années-là. Malcom X et Fidel Castro sont des héros. On a l'impression d'un climat vivant et violent. [...] L'immeuble de Greenwich Village, à New York, où se passe le livre, est en soi un décor historique.

Hugo Pradelle / La Quinzaine littéraire - 1-15/02/2010

Ce bref récit fait trace, manière de reprise d'un temps passé que la fiction défait et reforme. Portrait d'un autre et de soi, d'un « nous » inconciliable qui s'affronte. [...] Reprenant un épisode majeur de sa vie, il synthétise en même temps la structure de sa personnalité d'adulte, son rapport aux femmes, à la famille, et à la nature même de son œuvre littéraire, une fascinante contradiction entre un projet qui naissait à l'époque - distinguer son présent et l'écriture - et la réalisation de son travail poétique qui, au contraire, semble vouloir faire fusionner expérience et littérature.

Jean-Marc Brunier / Page des libraires - janvier-février 2010

Toute la force de ce court texte est là, quand l'intime devient universel, quand simplement le récit de vie de deux êtres nous dit tout d'une époque, d'une ville. Un texte à lire d'un souffle, à bout de souffle. Dramatiquement beau.

Christophe Mercier / Le Figaro - 04/02/2010

On ne sait ce qu'il faut le plus admirer, du compte rendu lucide d'une passion mortifère décrite avec un détachement brûlant qui fait de Sylvia une Manon Lescaut d'aujourd'hui, ou de la façon dont Michaels, en maître des formes courtes, parvient à faire revivre, en quelques traits, un lieu et une époque - Greenwich Village, 1960-1963 - qui nous paraissent à des années-lumière, mais qui, pour bref qu'ait été leur éclat, continuent à illuminer et à nourrir l'image rêvée qu'on a de l'Amérique.

Amaury Da Cunha / Le Monde - 08/01/2010

L'écriture de Leonard Michaels n'est pas seulement tournée vers la dérision. Il y a des moments de recueillement où elle s'éloigne de la fiction pour mieux explorer l'intimité de l'écrivain, comme c'est aussi le cas dans Sylvia. Quelques fragments autobiographiques sont alors dévoilés à travers des phrases pudiques pour suggérer l'enfance ou attester d'une pensée tout à coup mise à nu. On trouvera dans ces textes ce que l'on peut sans doute attendre d'un livre : qu'il fasse penser et rêver, au plus près comme au plus loin de soi-même.

Christine Marcandier-Bry / Mediapart - 10/01/2010

Roman court ou longue nouvelle, Sylvia échappe aux définitions génériques et trouve sa force dans le dépassement. Des genres constitués, du journal tenu à l'époque des faits - cité de manière fragmentaire -, mais aussi d'une culpabilité fondamentale comme du « sujet » même du livre, Sylvia.
Leonard Michals analyse, avec une précision quasi clinique, rendue plus acérée encore par le recul du temps, un amour malgré soi, dans la dépendance, la culpabilité et le remords constants, creuse son rapport torturé et complexe à cette femme, se cherche, s'accuse. [...] Sylvia est un texte terrible, à l'image de ces amants terribles, transgressif, tourmenté, d'autant plus bouleversant qu'il est dénué de tout sentimentalisme, dans une écriture de l'abjection de soi lucide, aussi fascinante que dérangeante.

Nathalie Crom / Telerama - 23-29/01/2010

Bouleversante histoire d'un amour fou et suffocant, miné par l'extrême fragilité psychologique de la jeune femme, par l'incapacité du jeune homme à comprendre ce dérèglement et à y faire face. Cela planté dans le décor des « swinging sixties », version Manhattan, où évoluaient les deux jeunes gens.

Sabine Audrerie / La Croix - 21/01/2010

Sylvia est un de ces bijoux romanesques que l'on lit d'une traite, emmené autant par l'histoire que par les mots eux-mêmes avec la sensation grisante d'une radicale nouveauté. [...]Quelle intelligence, quelle légèreté dans ces pages pourtant dures, où la tendresse du narrateur vrille le cœur. Leonard Michaels regarde le jeune homme qu'il fut comme un personnage auquel il refuse de prêter sa conscience d'homme mûr. Il se glisse dans cette peau et ses ressentis d'avant sans se protéger ni jamais condamner Sylvia au mauvais rôle, sans non plus chercher à expliquer sa folie. [...] Faute de pouvoir insérer son histoire dans une normalité affective, Michaels l'inscrit dans la réalité d'un contexte historique et culturel. Son roman est le portrait en creux d'un monde charnière.

Olivia de Lamberterie / Elle - 22/01/2010

En 1960, Leonard Michaels rencontre Sylvia. Ce n'est que trente ans plus tard qu'il décide de faire le récit de cet amour tragique. Et ce n'est qu'aujourd'hui qu'on découvre Sylvia en français : un choc. [...] Avec une divine précision, Michaels évoque ce New York des intellos et des artistes, ces années faites d'illusions et de vacuité [...] On assiste, sidéré, à ce naufrage des damnés de l'amour. On assiste, ébloui, à la révélation d'un grand écrivain.

Elisabeth Philippe / Les Inrockuptibles - 27/01/2010

Michaels restitue les événements dans toute leur brutalité, sans réellement chercher à les analyser, entrecoupant le récit d'extraits de son journal intime de l'époque qui traduisent son incompréhension et un profond sentiment de culpabilité. Histoire d'un amour malade, Sylvia est aussi une évocation sans nostalgie du Manhattan créatif et camé des sixties, où l'auteur croisait Jack Kerouac et Allen Ginsberg.

Bernard Quiriny / Le magazine littéraire - février 2010

En mêlant souvenirs et extraits de son journal de l'époque, ce roman coup-de-poing donne la chronique d'une déréliction avec une sobriété et une force qui ne sont pas sans évoquer la célèbre Une femme sous influence de Cassavetes.

Marie-Laure Delorme / Le Journal du dimanche - 31/01/2010

L'écrivain américain Leonard Michaels se met en retrait de lui-même pour essayer d'analyser la complexité du couple à travers sa propre histoire d'amour. [...] Sylvia est un récit ardent où rien n'est indifférent. C'est sec, puissant, dur. Les cris de passion s'y figent en coulées de lave.

Conteurs, menteurs

Hugo Pradelle / La Quinzaine littéraire - 1-15/02/2010

Nous découvrons un style, une voix, une richesse et une inventivité formelles désarmantes, une langue nourrie d'associations surprenantes, à la fois précises et sensuelles, et un ton ironique, obsédant, espiègle, joyeusement désespéré. En découvrant ces textes dans une manière de chronologie, des systèmes d'échos, de reprises, d'intégration des expériences personnelles, d'un certain regard sur le monde, naïf et cynique à la fois, se met en place à la façon d'une architecture subtile, profondément réfléchie.

Olivier Renault / Art Press - mars 2010

On assiste à de drôles de métamorphoses, comme si les mots et les sensations s'incarnaient immédiatement dans le réel, physiquement, ce qui provoque un effet comique ou horrible selon les cas. Une exploration de la violence, de la folie, des malentendus sexuels et amoureux, de l'effroi et du rire. Un observateur précis de la comédie qui éternellement se joue, que l'on se joue, un écrivain.

Amaury Da Cunha / Le Monde - 08/01/2010

Conteurs, menteurs est une résistance à toutes les formes de conformisme. Trente années séparent le premier texte du dernier publié. Quelle écriture imprévisible ! Chaque nouveau récit est une occasion de recommencer de zéro le voyage de la langue. Et celle-ci transporte le lecteur au bord de situations loufoques, à New York ou ailleurs, dans la nuit ouverte aux ivresses, aux errances.[...] Selon Leonard Michaels, l'humour est l'instrument idéal pour décaper le monde ou relever ses bizarreries. Que ce soit sur une dizaine de pages ou en trois phrases, ces récits sont toujours remarquables.

Nathalie Crom / Télérama - 23-29/01/2010

Dans ces histoires courtes éclatent le brio de la prose de Leonard Michaels, sa feinte nonchalance, l'acuité de son regard, sa crudité lapidaire, son ironie abrasive - tout ce qui fait de cet écrivain juif new yorkais le cousin, en mode mineur, d'un Bernard Malamud ou d'un Philip Roth.

Sabine Audrerie / La Croix - 21/01/2010

Mais qui est donc ce Leonard Michaels dont la complexité du talent saute au visage tout au long de la lecture de ces deux livres? Un homme capable de rencontrer Kafka en rêve, de se promener nu dans le métro ou en Porsche avec Jack Kerouac non loin de la 14e Rue; un homme capable de faire éclater la vérité par le rire, ou de résumer la fragilité d'une histoire dans la contemplation d'une chaussure abandonnée près d'un lit. Un homme qui s'appelle tour à tour Liebowitz, Beckman, Henry ou Nachman. Est-il tous ceux-là, l'écrivain Leonard Michaels? Du moins les invente-t-il dans chacune des merveilles de maîtrise narrative que sont les nouvelles du recueil Conteurs, menteurs, titre qui suggère la part de fiction nécessaire de l'ensemble

Olivia de Lamberterie / Elle - 22/01/2010

Précipitez-vous sur ses nouvelles : elles sont crues, noires, drôles, inattendues, tristes, érudites, caustiques, portées par une vivacité qui dévaste tout sur son passage.

Elisabeth Philippe / Les Inrockuptibles - 27/01/2010

Un univers à la fois étrangement familier et singulier, à redécouvrir de toute urgence.

Bernard Quiriny / Le magazine littéraire - février 2010

Dotés d'un humour massacrant et d'un style très visuel, ces récits toniques à la forme parfois sophistiquée mettent en scène les multiples facettes de la vie new-yorkaise (les milieux juif, bourgeois, étudiant, intello) et des personnages récurrents en qui on peut voir des doubles de l'auteur.

Jim Morrison

Wilderness

Clémentine Goldszal / Elle - 12/03/2010

Courtes phrases en forme de haïku, fragments notés sur les carnets qu'il noircissait sans relâche, poésies, le tout en édition bilingue. En deux recueils, Jim Morrison sonne juste, pour toujours !

Vladimir Pozner

Tolstoï est mort

Thierry Cecille / Le Matricule des anges - mars 2010

La volonté de saisir la réalité peut s'accompagner de la claire conscience que cette prise est impossible, qu'elle ne saurait être que fragmentaire, éclatée et en mouvement. A cette conscience, que partagèrent à leur manière aussi bien le cubisme que certaines écoles photographiques, s'ajoute, pour l'écrivain, la nécessité d'en passer par les mots, eux-mêmes limités et pourtant souvent plurivoques. Il faut alors, pour relever le défi, inventer une forme. [...] Dans Tolstoï est mort, Pozner tente de cerner au plus près, presque minute par minute, ce que furent les derniers jours de Tolstoï, et donc d'affronter cette double énigme : la mort - et la mort d'un génie. [...] Cette reconstitution, à première vue neutre et objective, laisse cependant percer une ironie discrète envers ce qui apparaît comme un des premiers événements médiatiques.

Héléna Villovitch / Elle - 5/03/2010

Le regretté Vladimir Pozner a choisi dans Tolstoï est mort, écrit en 1935, de reconstituer les derniers jours du grand écrivain. Aujourd'hui réédités, ces fragments mêlant courtes phrases et citations authentiques construisent un roman passionnant et étonnamment contemporain !

Danièle Sallenave / Le Monde - 05/02/2010

Le narrateur tisse ses fragments dans un commentaire extrêmement sobre et subtil, où la polyphonie des voix se détache sur le fond obscur des campagnes russes en novembre, les rails luisants, les trains qui s'immobilisent dans le silence. En arrière-fond, le peuple, qui soudain prend conscience de l'immense perte qu'il est en train de subir... Il faut absolument lire ce livre d'une audacieuse simplicité. Un écrivain de 30 ans avec une manière franche d'aborder les choses, un sens aigu des faits, un regard légèrement en surplomb, rencontre d'emblée ce qui est, ou devrait être, la définition même de toute entreprise littéraire : l'accès immédiat à un monde d'émotion et de pensée.

Joseph Macé-Scaron / Le magazine littéraire - février 2010

Tolstoï est mort aide à comprendre la course folle et dernière de cet astre de la littérature russe. Il est l'œuvre de Vladimir Pozner, poète russe, écrivain français, scénariste hollywoodien, ami de Gorki et de Pasternak qui a traversé sans tapage tous les tumultes du XXè siècle.

Isaac ROSA

Encore un fichu roman sur la guerre d'Espagne!

Thierry Guinhut / Le Matricule des anges - mars 2010

C'est à une première littéraire que nous assistons. Ou comment se saborder et rebondir à la fois... Voilà un écrivain espagnol de la jeune génération qui a tout pour plaire et se complaire dans sa réussite. Deux romans ont fait son succès. Tout auteur normalement constitué ne peut ressentir qu'un agréable pincement de vanité lors d'une telle marque de reconnaissance... Pas Isaac Rosa. Se relisant, après huit ans, le voilà dessillé. Il découvre toute son imperfection, s'agace des naïvetés, des grandiloquences et des clichés. Que faire ? Corriger, saccager, reconstruire ? Une solution plus radicale s'impose à lui : le republier tel quel, mais entrelardé, chapitre après chapitre, de remarques sans concessions. Voilà qui donne lieu à un exercice aussi nourrissant qu'édifiant. [...] Nombre d'auteurs devront poser ce livre sur leur table de chevet. Nul doute qu'ils se retourneront plus d'une fois dans leur sommeil.

Scibona Salvatore

La fin

Bruno Juffin / Les Inrockuptibles - 03/03/2010

Scibona déploie des trésors de virtuosité et passe, avec une ahurissante aisance, du registre de l'ironie grinçante à celui du pur lyrisme, faisant alterner dialogues avec des fantômes, arguties casuistiques et plongées dans le flot de conscience des personnages. En prenant ainsi le risque de la complexité, La Fin offre le rare exemple d'un premier roman aussi exigeant qu'exubérant, où les rares morceaux de bravoure proposent une expérience de lecture proprement exaltante.

Claire Devarrieux / Libération - 04/03/2010

A quoi ressemble la conscience d'un autre ? L'intérieur de son crâne, son cerveau ? [...] La Fin est quadrillé d'âges et de dates, parce que, dans un chantier romanesque d'une telle envergure, il faut bien numéroter les pièces. Importent aussi la toponymie, le pouvoir des noms et des mots. Compte avant tout chez ces personnages leur manière d'être au monde, de le percevoir, de l'enrichir.

Clara Georges / Le Monde - 12/03/2010

Interrompre la lecture de La Fin, de l'Américain Salvatore Scibona, est à ses risques et périls. Dans le métro, en faisant sa vaisselle, devant son café, le lecteur en reste chancelant, hébété. Il est assailli par des pensées nuageuses - comme tiré trop brusquement d'un songe. Parce que, comme un rêve, La Fin est une plongée dans les sous-sols de la pensée. Le roman est une expérience sensuelle forte. L'écrivain explique : "Mes arrière-grands-parents étaient des immigrés. A 17 ou 18 ans, ils ont quitté l'Europe et n'ont plus jamais revu leurs parents. C'est du suicide ! Il m'est impossible, intellectuellement, de comprendre une telle expérience. L'imagination est le seul recours qui puisse m'y donner accès." Ce choix, éprouvant pour l'auteur, a permis la naissance d'un livre d'une grande intensité. Elle devient insoutenable dans le dernier chapitre, où Mme Marini s'adresse à son mari mourant. "Et quand je dis que tu es toujours une déception pour moi - oh oui, je suis très, très cruelle, comme tu as affirmé que j'étais, mais attends un peu -, je veux dire : Mon chéri chéri, tu as tué le passé. Tu m'as brisé le coeur. Tu m'as donné l'instant présent. Regarde-moi. Ouvre les yeux et regarde mon visage."Salvatore Scibona s'attendait à finir par détester son roman. Il pensait qu'il le jetterait à son éditeur, accompagné d'un "Et puis merde, à la fin ! Achevez-moi !". Heureusement, il s'était trompé. Il en a commencé un autre.

Susan Sontag

Renaître

Aliette Armel / Le Magazine littéraire - mars 2010

La lecture de ces carnets est passionnante parce qu'elle permet d'entrer dans l'intimité d'une femme qui a marqué la vie intellectuelle new-yorkaise et européenne, pendant les années où elle structure sa personnalité, où elle prend des « décisions sur la question de Dieu », où elle observe « son fils, 4 ans, à la première lecture d'Homère », où elle découvre André Gide, Thomas Mann et Franz Kafka, où elle accepte son identité juive, où elle lutte contre elle-même et la société pour admettre ses penchants sexuels, où elle cherche à maîtriser ses états émotionnels, où elle établit de slistes colossales de livre à acheter touchant tous les champs du savoir et de films à voir qui vont de Bergman à Bourvil, de Kubrick à Jean Rouch. Elle choisit ses points d'ancrage - Manhattan, le centre de Paris -, sans renoncer à une certaine forme d'errance.

Nelly Kaprièlian / Les Inrockuptibles - 3-9/02/2010

Rédigés sous forme de passages lapidaires, presque de notes, ces carnets qui couvrent les années 1947-1963 accompagnent un mouvement passionnant : passer de l'image qu'on a de soi à ce que l'on est vraiment, et devoir faire avec. Et se demander comment on va faire avec. [...] Peu de journaux révèlent ainsi une perception aussi honnête, profonde, sans concessions, crue de soi-même, comme seule possibilité d'exister et d'exister comme écrivain.

Raphaëlle Rérolle / Le Monde - 05/02/2010

C'est un tableau cru qui émerge de ces pages, sans autre retouche que celle des coupes effectuées dans la masse. Le portrait saisissant d'une très jeune femme occupée à se construire avec une constance et une détermination inouïes. Entrée à l'université californienne de Berkeley à l'âge de 16 ans, Susan Sontag se crée méthodiquement comme sujet de sa propre existence.

Marta Krol / Le Matricule des anges - février 2010

Dévoilement et dénuement tant il est vrai que ces lignes souvent chaotiques, tendues, nerveuses, tels les prolongements directs d'émotions et d'affects vécus, sont un trésor de connaissances sur la personne même de Sontag bien sûr, et en cela elles feront le bonheur de ses lecteurs, mais aussi sur la formation, la fermentation, enfin la douloureuse maturation d'un esprit d'exception.

André Clavel / Le Temps - 20/02/2010

Commencées à 14 ans, ces pages sont à la fois un miroir de l'intime et une invitation à dépasser les frontières de l'ego grâce aux mots. Des mots qui n'étaient pas destinés à être publiés et qui sont d'autant plus sincères lorsqu'elle parle [entre autres] de ses aventures amoureuses, de sa volonté de transgresser les tabous, de ses batailles contre les préjugés. Et de sa relation passionnelle à l'art, dont elle fit une sorte d'absolu.

Oriane Jeancourt-Galignani / Transfuge - janvier 2010

Son journal est l'histoire de la naissance d'un personnage, un écrivain penseur, un « lecteur protéen de soi-même », tel qu'elle désignait Roland Barthes. Cette première partie du journal de Sontag ne donne pas encore à voir l'icône médiatique et intellectuelle des années 70, mais son émergence. Le livre est intitulé Renaître, car dans cette première période de la vie de la jeune femme, l'essentiel du quotidien réside dans une aspiration qu'elle cherche par tous les moyens à assouvir. Que recherche-t-elle, cette créatrice en gestation ? « La force, non pas de subir, mais la force d'agir. »

Alice Kaplan / Libération - 21/01/2010

Connue pour ses prises de position sur le nouveau roman, sur le Vietnam, la Bosnie, le 11 Septembre, sur Leni Riefenstahl et Roland Barthes..., elle n'avait rien à dire sur sa vie privée. Et voilà que sept ans après sa mort, ce placard se trouve grand ouvert. [...] Tout comme les héroïnes de la Nouvelle Vague, elle a vécu cette saison mythique de 1958 hors de l'histoire, hors du temps et de l'espace politique. La force et la faiblesse de ses journaux de jeunesse est de nous faire vivre ce perpétuel présent fait de sentiments extrêmes et d'expériences individuelles.

Nathalie Crom / Télérama - 27/01/2010

Renaître s'inscrit dans [une] ample et scrupuleuse entreprise éditoriale, et offre l'accès à l'intimité d'une conscience et d'une intelligence en formation. Ce volume couvre, en effet, les années 1947-1963 - née en 1933, dans une famille très modeste, Susan Sontag a 14 ans aux premières pages de Renaître, et déjà sa soif de savoir, la pente éminemment spéculative de son esprit, son intégrité intellectuelle extrême sautent aux yeux. Comme frappe, chez l'adolescente à l'intelligence précoce, un lien puissant, jamais démenti ultérieurement, avec l'écriture, tout ensemble moyen de pensée et vecteur de poésie. [...] L'apprentissage intellectuel et sentimental qu'on voit à l'œuvre, au fil des pages parfois arides ou âpres de Renaître, a effectivement quelque chose d'une renaissance, d'une volonté de dépassement, pour le moins d'une construction de soi, déterminée, opiniâtre, follement ambitieuse. [...] Tout ceci empreint, aussi, pourtant et malgré tout, d'une forme d'angoisse contenue qui affleure - une vulnérabilité, une précarité rien plus qu'émouvante et humaine.

Peter Stamm

Sept ans

Anne Serre / Le Magazine littéraire - mars 2010

Cette figure de l'amour fou, contraire à tous les poncifs, à toutes les croyances, devient très vite fascinante. Et l'on comprend mieux, alors, l'espèce de netralité et de prudence du récit construisant une châsse autour du corps disgracieux et pourtant adoré, autour de ce mystère effrayant qu'est la jouissance.

Wilfred Schiltknecht / Le Temps - 27/02/2010

Un couple de notre temps est livré avec son entourage à l'aventure de l'existence, aux illusions et désarrois quotidiens et, des années soixante à la chute du Mur, s'efforce de prendre pied dans le monde. Une écriture précise, dépouillée et fine, décrit et observe avec rigueur et, dans les attitudes et les comportements, les réflexions et les choix des protagonistes, surprend et dévoile l'intimité de l'être. Car l'amour n'est chez Peter Stamm que prétexte à un questionnement sur le fondement de la personne.

Marine Landrot / Telerama - 03/03/2010

Est-ce l'écriture à rebrousse-poil, simple et tournoyante, ou le caractère hésitant du héros, grisé par les regrets, en révision intérieure permanente ? Ce nouveau roman de Peter Stamm a quelque chose de chancelant, de fuyant, d'une puissance envoûtante. Sur le thème du triangle amoureux, il parvient à créer un brouillard où tout semble se désagréger, surtout la noblesse des sentiments. [...] Il y a du Strindberg chez Peter Stamm, sensible à l'hypocrisie orageuse des êtres, grand plongeur en eaux dormantes, expert en névroses étouffantes.

Jean-Maurice de Montremy / Livres Hebdo - 5/02/2010

En toile de fond, l'avance du temps et le changement d'angle des visions du monde. Mais, surtout, cette présence incompréhensible de l'amour qui est pour chacun des trois personnages une évidence autant que la plus grande des inconnues, comme une réalité déconstruite, décolorée, toute puissante. Peter Stamm cite Le Corbusier: "Les ombres et les clairs révèlent les formes." Il en a fait le programme - le logiciel - de sa narration. Qui confirme par ailleurs son talent pour la description.

Morgan Boedec / Chronic'art - février 2010

On retrouve la sobriété propre à ses récits, dont l'éclat est contenu par une certaine pâleur de style, d'autant plus efficace que le récit traite en arrière-plan d'architecture, d'habitat et donc de lumière, des ombres et des clairs qui sont seuls à même de révéler les formes. Le dispositif narratif est ingénieux. L'ensemble est excellent. Stamm prouve une fois de plus qu'il est un des écrivains suisses les plus passionnants de notre époque.

Olivia de Lamberterie / Elle - 12/021/2010

Un couple modèle ou un mirage parfait ? C'est à ces questions que répond ce roman sur une houleuse traversée des sentiments. Construit en allers et retours entre présent et passé, Sept ans compte les affres d'un homme pris entre deux femmes, Sonia la parfaite et Iwona la modeste. Le Suisse Peter Stamm est expert en sentiments souterrains... [...] A chaque page on est surpris par ce que ce trio est capable de faire pour apprivoiser le bonheur. C'est douloureux autant qu'exaltant. C'est l'amour ?

Michel Audétat / L'Hebdo - 12/02/2010

Le roman tourne autour du mystère incarné par cette femme sans qualités; il en diffuse l'étrangeté dans les moindres faits et gestes du récit, enveloppant ainsi ce qui pourrait n'être qu'une curieuse histoire d'adultère dans une subtile atmosphère d'inquiétude et de malaise existentiel.Comme souvent chez les personnages de Peter Stamm, Alexander n'est pas convaincu de son libre arbitre. En pensant à Sonia et à ce qui les a rapprochés, il dit avoir eu «l'impression que tout m'était arrivé sans que je n'y sois pour rien». En se rappelant les débuts de son histoire avec Iwona, il éprouve aussi le sentiment d'avoir été le jouet d'une puissance qui le dépasse. Même s'il a cru longtemps détenir un pouvoir sur cette fruste Polonaise. Même s'il ira jusqu'à la payer pour affirmer ses droits sur elle. Jusqu'à comprendre, peu à peu, que la force se trouve du côté du faible.

Baptiste Liger / Lire - mars 2010

Admirable variation sur le trio amoureux, Sept ans confirme le talent du discret Peter Stamm. Faisant s'enchevêtrer les époques, l'écrivain suisse surprend sans cesse et brise nombre de clichés sur l'amour à coups d'images fortes (le cochon d'Inde, le rituel du déshabillage...) et de formidables personnages secondaires. Parallèle brillant entre l'architecture et la relation amoureuse, Sept ans rappelle qu'il faut mieux réfléchir à deux fois avant de construire sur un terrain marécageux

Patrick Kechichian / La Croix - 25/02/2010

Les romans et les nouvelles du Suisse Peter Stamm possèdent une qualité discrète, presque invisible. Celle de diffuser sourdement, comme un gaz inodore, le malaise quant aux données ordinaires et communes de la vie. A cet égard, Sept ans constitue une réussite : rien n'est plus ordinaire que ce qui nous est conté et rarement le malaise nous aura autant pris à la gorge.

Claudine Galea / La Marseillaise - 21/02/2010

Peter Stamm réussit à nous faire éprouver des sentiments contradictoires envers ses trois personnages. Compréhension, amitié, exaspération, compassion, incompréhension, joie, lassitude, etc. [...] L'absence de sentiments extrêmes, traduite par un style toujours mesuré, précis, détaillant les vies intérieures comme les faits, avec une objectivité parfois crue et cruelle, contribue à développer un malaise qui envahit la lecture. Sous l'apparence d'un contrôle absolu sur une situation bancale, d'une lucidité sans failles, d'une entente exemplaire au sein du couple, un abîme se creuse sur lequel personne n'a prise.

Marie-Laure Delorme / Journal du Dimanche - 03/01/2010

On a lu ça mille fois : un homme marié
et sa femme. La maltresse semble
avoir peu d'intérêt par rapport à la ravissante épouse. L'homme ne se résout pas à
choisir. Schéma classique. Mais le romancier
suisse Peter Stamm parle en fait de tout
autre chose dans un roman sur l'infinie complexité
des sentiments amoureux : les liens souterrains,
l'amour fou, les jeux de miroir, la dépendance forte,
l'attirance physique, le bonheur.