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Siddhartha de Hermann Hesse : résumé et sens du roman

Résumé de Siddhartha de Hermann Hesse (1922), étapes du héros, sens du roman, différence avec le Bouddha et traduction française de Joseph Delage.

Par la rédaction6 novembre 20267 min de lecture

Barque en bois amarrée au bord d’un fleuve calme à l’aube, entre les roseaux

Le héros de ce roman porte le prénom du Bouddha avant son éveil, ce qui égare plus d’un lecteur avant la première page. Siddhartha de Hermann Hesse, publié en 1922, ne raconte pourtant pas la vie du fondateur du bouddhisme : c’est l’histoire d’un autre homme, né dans l’Inde du temps même du Bouddha, qui croise celui-ci sans le suivre. Ce récit de 152 pages dans son édition originale laisse une question tenace : que cherche exactement son héros, et le trouve-t-il ?

En bref

  • Siddhartha raconte le parcours d’un fils de brahmane qui quitte sa famille, traverse l’ascèse, l’amour, la richesse et le dégoût, puis trouve la sérénité auprès d’un fleuve : le sens du roman est que la sagesse se vit et ne s’enseigne pas.
  • Le héros n’est pas le Bouddha historique : il rencontre un Bouddha nommé Gotama, dont il admire la doctrine, mais choisit de poursuivre seul sa route.
  • Le livre paraît à Berlin chez S. Fischer en 1922, puis en France chez Grasset le 2 décembre 1925, dans la traduction de Joseph Delage ; son auteur reçoit le prix Nobel de littérature en 1946.
  • Le roman compte deux parties et douze chapitres, du départ de la maison paternelle à la scène finale avec Govinda, l’ami de jeunesse.

Qui a écrit Siddhartha et comment le roman est-il arrivé en France ?

Siddhartha est l’œuvre de Hermann Hesse, écrivain allemand né à Calw (Wurtemberg) en 1877, mort à Montagnola (Tessin) en 1962, naturalisé suisse en 1923. Le roman paraît en 1922 à Berlin chez S. Fischer sous le sous-titre allemand « Eine indische Dichtung », en 152 pages in-octavo d’après le catalogue de la Bibliothèque nationale de France. La première partie est dédiée à Romain Rolland, ami de l’écrivain, la seconde à son cousin Wilhelm Gundert, installé au Japon.

L’Inde fait partie de l’histoire familiale de Hesse. Dans la notice autobiographique qu’il rédige pour le prix Nobel, il rappelle que son grand-père maternel était missionnaire et indianiste, que son père et sa mère avaient vécu en Inde, et que la pensée indienne, puis chinoise, l’a davantage marqué que les philosophes occidentaux. Il y range Siddhartha parmi ses livres les plus caractéristiques. Le prix Nobel de littérature 1946 lui est décerné pour des écrits inspirés qui illustrent les idéaux humanitaires classiques et de hautes qualités de style.

En France, le roman est publié par Bernard Grasset le 2 décembre 1925, dans une traduction de Joseph Delage. Grasset le réédite en 1972, 1974, 1988, 1993 et 2002, et Le Livre de poche en 1975.

Que raconte Siddhartha ?

Siddhartha est le fils d’un brahmane, aimé de tous et destiné à la sagesse, mais incapable de trouver la paix auprès des rites et des maîtres. Avec son ami Govinda, il rejoint les samanas, des ascètes errants, et apprend le jeûne, la patience et le renoncement. Cette discipline le déçoit à son tour : elle lui apprend à s’absenter de lui-même plutôt qu’à se délivrer. Les deux amis entendent alors parler de Gotama, le Bouddha. Govinda se range parmi ses disciples ; Siddhartha, qui reconnaît la grandeur du Bouddha, refuse pourtant sa doctrine, convaincu qu’aucun enseignement ne peut transmettre l’expérience de l’éveil.

La seconde partie le jette dans le monde. Il s’approche de la courtisane Kamala, qui lui apprend l’amour, et entre au service du marchand Kamaswami, qui lui apprend les affaires. Siddhartha devient riche, joueur, puis prisonnier d’une vie qui l’écœure ; il quitte la ville et arrive au bord d’un fleuve, au point de songer à se tuer. Un long sommeil, une syllabe sacrée, Om, et la présence d’un passeur, Vasudeva, le ramènent à la vie. Il reste auprès de lui, apprend à écouter le fleuve et devient passeur à son tour.

Le dernier tiers du récit réunit les épreuves. Kamala, devenue une bienfaitrice des disciples du Bouddha, meurt d’une morsure de serpent près de la rive alors qu’elle se rend auprès du Bouddha mourant avec leur fils, dont Siddhartha ignorait l’existence. L’enfant, qui porte lui aussi le prénom de Siddhartha, refuse la vie de la hutte et s’enfuit. Cette perte rapproche le héros des hommes ordinaires, qu’il ne juge plus. Vasudeva s’éloigne vers la forêt. Govinda, toujours en quête, traverse alors le fleuve sans reconnaître d’abord l’ami de jeunesse devenu passeur, puis embrasse son front au terme de leur conversation et croit voir, dans ce visage, le sourire du Bouddha.

Que cherche et qu’apprend Siddhartha à chaque étape ?

À chaque étape, Siddhartha apprend quelque chose qu’aucun maître ne pouvait lui dire. Le tableau suit son parcours dans l’ordre du récit.

Étape de la vieLieuCe qu’il apprend
Fils de brahmaneMaison paternelleLes rites et les enseignements reçus n’apportent pas la paix intérieure
Les samanasLa forêtJeûner, attendre, renoncer, mais cette ascèse reste une fuite hors de soi
Gotama, le BouddhaLe bosquet de JetavanaUne doctrine, même juste, ne transmet pas l’expérience qu’elle décrit
Kamala et KamaswamiLa villeAimer, gagner, jouer : plaisir et richesse endorment, puis dégoûtent
VasudevaLe fleuveÉcouter, attendre, ne plus juger
Son filsLa hutte du passeurL’amour ne se maîtrise pas, et la souffrance rapproche des autres hommes
Om et GovindaLa riveL’unité de toutes choses, vécue plutôt qu’expliquée

Quel est le sens du roman Siddhartha ?

Le sens du roman tient en une idée : la sagesse ne se transmet pas, elle s’acquiert au bout d’un long parcours personnel. Larousse y lit un récit hindou qui montre que la sagesse ne s’obtient qu’en dehors des canons traditionnels, éducatifs et religieux. Pour l’éditeur français, c’est une profession de foi individualiste contre toutes les doctrines, une condamnation de la puissance et de l’argent, et un éloge de la vie contemplative.

Trois motifs soutiennent cette lecture. Le premier oppose l’expérience à l’enseignement : Siddhartha refuse la doctrine de Gotama non parce qu’elle est fausse, mais parce que l’éveil de celui-ci n’est pas contenu dans ses paroles. Le deuxième est l’unité : la syllabe Om, que le texte nomme le mot des mots, et la vision finale de Govinda, qui voit défiler dans le visage de son ami des milliers de visages et y reconnaît le sourire du Bouddha. Le troisième est l’acceptation du monde : le héros ne rejette ni la ville ni les passions, il les traverse, et c’est en aimant les hommes ordinaires qu’il se rapproche de la sérénité.

Le fleuve donne à ces motifs leur image. Il est toujours là et jamais le même, il rit parfois du héros, et Vasudeva, le passeur, est présenté comme le maître de l’écoute. Hesse construit d’ailleurs souvent ses romans sur des couples de personnages complémentaires, dont l’un cherche et l’autre ouvre des horizons : ici, Govinda et Siddhartha.

Siddhartha est-il le Bouddha ?

Non, le héros du roman n’est pas le Bouddha, mais il en porte le prénom d’avant l’éveil. Larousse indique que « Bouddha » désigne Siddhartha Gautama, sage de la tribu shakya, après qu’il est parvenu à l’illumination, et que diverses traditions situent sa vie entre 560 et 480 avant J.-C. Hesse choisit le même prénom pour un personnage de fiction qui vit à la même époque que le Bouddha et le rencontre.

Dans le roman, le Bouddha s’appelle Gotama, graphie propre à Hesse, là où les dictionnaires écrivent Gautama. C’est un personnage admirable, qui accueille d’un demi-sourire l’objection du jeune homme, mais qui n’est pas son maître. Cette distinction explique la portée du livre : Hesse n’écrit ni une biographie du Bouddha ni un traité de bouddhisme. Le résumé de l’édition audio, reproduit par la BnF, le présente d’ailleurs comme plus qu’une approche du bouddhisme, une initiation à toutes les formes de spiritualité.

Questions fréquentes

Que signifie le sous-titre « Eine indische Dichtung » ?

C’est le sous-titre de l’édition originale de 1922. Dichtung désigne une œuvre poétique ou littéraire, ce qui se traduit par « une œuvre indienne » ou « un récit indien ». Le mot « récit hindou » est celui qu’emploient les dictionnaires encyclopédiques pour décrire le livre.

Hermann Hesse s’est-il rendu en Inde ?

Oui, mais brièvement. Dans sa notice pour le prix Nobel, Hesse écrit qu’il a passé quelques mois en Inde, à l’époque où il aimait voyager, jusqu’en 1914 ; ce séjour date de 1911. Siddhartha, publié onze ans plus tard, prolonge surtout cet héritage familial et son étude de la pensée indienne.

Quelles éditions françaises de Siddhartha existent ?

Le texte de Joseph Delage a paru chez Grasset en 1925, puis en poche chez Le Livre de poche en 1975. Une version audio, lue par le comédien Thibault de Montalembert, est parue chez Audiolib en 2021 (durée de 5 h 27, d’après la notice de la BnF).

Pourquoi le roman a-t-il été redécouvert dans les années 1960 ?

Ce récit hindou a été « redécouvert » par la jeunesse américaine des années 1960, et Hesse est devenu à cette époque un maître à penser pour la jeunesse occidentale. Le refus des doctrines et la quête d’une vie intérieure correspondaient aux aspirations de ces lecteurs.

Quel autre roman lire après Siddhartha ?

Parmi les romans de Hesse figurent Demian (1919), Le Loup des steppes (1927), Narcisse et Goldmund (1930) et Le Jeu des perles de verre (1943). Pour un autre court roman du XXe siècle sur l’examen de conscience, mais sombre et ironique, voir La Chute d’Albert Camus.

Sources

Sources consultées le 28 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.

  • Bibliothèque nationale de France, « Siddhartha, Hermann Hesse (1877-1962), œuvre », data.bnf.fr. Adresse : https://data.bnf.fr/fr/ark:/12148/cb12271094n
  • Bibliothèque nationale de France, « Éditions de Siddhartha », data.bnf.fr. Adresse : https://data.bnf.fr/fr/documents-by-rdt/12271094/a/page1
  • Bibliothèque nationale de France, « Siddhartha / Hermann Hesse, aut. ; traduit de l’allemand par Joseph Delage, trad. ; texte intégral lu par Thibault de Montalembert », catalogue général, catalogue.bnf.fr. Adresse : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb468408670
  • Larousse, « Hermann Hesse », Encyclopédie Larousse en ligne, larousse.fr. Adresse : https://www.larousse.fr/encyclopedie/litterature/Hermann_Hesse/173965
  • Larousse, « Bouddha ou Buddha », Encyclopédie Larousse en ligne, larousse.fr. Adresse : https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Bouddha/109646
  • Nobel Prize Outreach, « Hermann Hesse, Biographical », The Nobel Prize in Literature 1946, nobelprize.org. Adresse : https://www.nobelprize.org/prizes/literature/1946/hesse/biographical/
  • Éditions Grasset, « Siddhartha, Hermann Hesse », grasset.fr. Adresse : https://www.grasset.fr/livre/siddhartha-9782246404637/
  • Hermann Hesse, Siddhartha, eine indische Dichtung, Berlin, S. Fischer, 1922, texte allemand original lu pour le résumé (notice de l’édition originale : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb322439241).

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