Mettre en exergue : sens et bon usage
Mettre en exergue, c’est mettre en évidence ; le mot vient des médailles. Ce que disent les dictionnaires, et la différence avec l’épigraphe.

Un rapport « met en exergue » une hausse des prix, un éditorial « met en exergue » un risque, et la formule passe sans accroc dans la plupart des relectures. Pourtant, l’expression mettre en exergue garde la trace d’un mot qui appartient d’abord à l’art des médailles, et certains dictionnaires gardent leurs réserves sur l’un de ses emplois. Entre le sens admis, le sens contesté et le mot voisin que l’on devrait parfois lui préférer, l’écrivain soigneux a intérêt à savoir où poser le pied.
En bref
- Mettre en exergue signifie mettre en évidence, en valeur ou au premier plan un fait, un argument : les dictionnaires enregistrent cette expression figurée sans réserve.
- Le mot « exergue » désigne d’abord le petit espace réservé au bas d’une médaille ou d’une pièce pour une inscription, comme la date ou la devise, puis par extension l’inscription elle-même.
- Pour une citation placée en tête d’un livre ou d’un chapitre, l’emploi d’« exergue » est jugé abusif et « épigraphe » est recommandé.
- Pour varier, « mettre en évidence » et « mettre en lumière » sont deux équivalents courants, que le dictionnaire cite à l’entrée « mettre ».
Que veut dire « mettre en exergue » ?
Mettre en exergue veut dire mettre en évidence, en valeur ou au premier plan un fait, un argument, un élément que l’on veut faire remarquer. Le dictionnaire de l’Académie française, dans sa 9e édition, range cette formule parmi les « expressions figurées » du mot « exergue » et la glose par « mettre en évidence un fait, un argument ». Elle n’y est assortie d’aucune mise en garde.
Le Trésor de la langue française (TLFi) donne le même sens, avec un exemple d’économiste de 1964 : le classement du revenu national met en exergue les pays-foyers principaux. L’expression s’emploie donc pour une donnée, une idée ou un contraste qu’un texte, un graphique ou un orateur fait ressortir. Elle se construit avec un complément d’objet direct : on met en exergue quelque chose, comme dans « Cette étude met en exergue le rôle des bibliothèques de quartier ».
La construction passive est tout aussi correcte, comme dans l’exemple de 1964 où les pays sont « mis en exergue ». Pour le sens de « mettre en évidence », l’expression ne souffre donc aucune discussion ; la réserve des dictionnaires porte sur un autre emploi du mot, la citation placée en tête d’un livre, traité plus bas.
D’où vient le mot exergue ?
Le mot « exergue » vient de la numismatique : il est attesté dès 1636 pour désigner le petit espace réservé au bas d’une médaille ou d’une pièce de monnaie. Le mot est un composé du grec ergon, « action, travail, œuvre », et du préfixe grec ex, « hors de ». L’exergue est donc, littéralement, ce qui se tient hors du motif principal de la médaille.
Le mot est enregistré dans les dictionnaires dès 1694. Le mot est masculin : on dit un exergue, des exergues. Par métonymie, il désigne l’inscription gravée dans cet espace, comme dans « La médaille porte une date en exergue ». C’est de cette image qu’est né le sens figuré : ce qui est gravé en exergue est placé à part, bien visible, et mettre une idée en exergue revient à la placer dans la même lumière.
| Emploi | Statut dans les dictionnaires | Exemple construit |
|---|---|---|
| Espace au bas d’une médaille ou d’une pièce | Sens premier, numismatique | Le graveur a réservé l’exergue à la date. |
| Inscription gravée dans cet espace | Emploi par métonymie | La devise gravée en exergue est presque effacée. |
| Mettre en exergue : mettre en évidence | Expression figurée enregistrée sans réserve | Le rapport met en exergue la hausse des loyers. |
| Citation placée en tête d’un livre | Jugé abusif ; « épigraphe » est recommandé | Le romancier a placé une épigraphe en tête de chaque partie. |
Peut-on dire « en exergue » pour une citation en tête de livre ?
Non, il vaut mieux dire « épigraphe » : l’Académie qualifie d’abusif l’emploi d’« exergue » pour une citation mise en tête d’un ouvrage et précise qu’on doit alors préférer « épigraphe ». Le TLFi relève pourtant l’emploi, avec des tournures comme « écrire en exergue à un livre » ou « en exergue d’un manuscrit », et note que certains lexicographes le condamnent comme une confusion entre les deux mots.
L’épigraphe est une courte sentence ou une courte citation placée en tête d’un ouvrage ou d’un chapitre pour en indiquer l’objet ou l’esprit. L’Office québécois de la langue française la définit de la même façon dans son Grand dictionnaire terminologique et la donne comme terme privilégié ; il signale que certains jugent impropre d’y substituer « exergue », mot qui garde en numismatique son sens de partie d’une pièce ou d’une médaille.
Le plus sûr est donc de partager les rôles : « épigraphe » pour la citation qui ouvre un livre, « exergue » pour l’inscription d’une médaille, et « mettre en exergue » pour faire ressortir une information. Cette distinction évite toute critique et se justifie par l’histoire du mot. Elle ressemble à d’autres couples de mots proches que la langue exige de ne pas mêler, comme présomptueux et prétentieux.
Par quoi remplacer « mettre en exergue » ?
On peut remplacer « mettre en exergue » par « mettre en évidence », « mettre en lumière », « mettre en valeur » ou « mettre au premier plan ». Le dictionnaire glose d’ailleurs l’expression par « mettre en valeur, en évidence, au premier plan ».
Ces équivalents ne sont pas interchangeables dans tous les cas. « Mettre en évidence » convient quand on montre un fait, une corrélation ou une anomalie : l’analyse met en évidence un écart entre deux années. « Mettre en valeur » s’emploie plutôt quand on donne du relief à une qualité ou à un élément que l’on veut faire apprécier. « Mettre en exergue » garde souvent une nuance de mise en scène : on isole l’élément pour qu’il saute aux yeux, comme dans un encadré ou un titre.
Un texte qui répète trois fois « met en exergue » en quelques lignes se relit mal, quelle que soit la correction de l’expression. Varier avec les équivalents ci-dessus, ou reformuler par un verbe simple comme « montrer » ou « souligner », rend le texte plus naturel.
Questions fréquentes
Exergue est-il masculin ou féminin ?
Le mot est masculin : les dictionnaires le classent comme nom masculin. On écrit donc « un exergue », « cet exergue » et, au pluriel, « des exergues ». Il se prononce [ɛgzɛʁg], le x se faisant entendre comme « gz ».
Que met-on dans l’exergue d’une médaille ?
On y met une inscription courte : la date de frappe, une devise ou la signature du graveur. D’ordinaire, c’est la date de l’année où la médaille a été frappée. Baudelaire évoque en 1856-1857 les « exergues des médailles carthaginoises » pour parler de souvenirs gravés dans la mémoire.
Que veut dire « porter en exergue » ?
Cela signifie porter une inscription dans l’exergue : la médaille « porte en exergue » une date ou une devise. On dit aussi « montrer en exergue » dans ce sens. L’expression a donc un sens concret avant d’avoir un sens figuré, et ne se dit pas d’une simple idée que l’on souligne : pour cela, on met en exergue.
« Épigraphe » a-t-il un autre sens que celui de citation ?
Oui, l’épigraphe est aussi une inscription placée sur un monument ou un édifice pour en rappeler la date, la destination ou l’auteur. Le dictionnaire donne l’exemple de l’épigraphe du Trophée d’Auguste, à La Turbie. Le sens de citation en tête d’un livre vient ensuite, et est attesté depuis 1752.
Où place-t-on l’épigraphe dans un livre, et peut-on en mettre plusieurs ?
Selon l’Office québécois de la langue française, un ouvrage peut comporter plusieurs épigraphes, soit avant l’ensemble du texte, soit au début de chaque partie. La page d’épigraphe d’un livre n’est pas numérotée et se place entre la dédicace et les remerciements.
Sources
Sources consultées le 28 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- Académie française, Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, « EXERGUE », consulté via le portail du CNRTL. Adresse : https://www.cnrtl.fr/definition/academie9/exergue
- Académie française, Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, « ÉPIGRAPHE » et « METTRE », consulté via le portail du CNRTL. Adresse : https://www.cnrtl.fr/definition/academie9/%C3%A9pigraphe
- CNRTL, « EXERGUE », Trésor de la langue française informatisé. Adresse : https://www.cnrtl.fr/definition/exergue
- CNRTL, « ÉPIGRAPHE », Trésor de la langue française informatisé. Adresse : https://www.cnrtl.fr/definition/%C3%A9pigraphe
- Office québécois de la langue française, « épigraphe », Grand dictionnaire terminologique. Adresse : https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/8871258/epigraphe

